Les fonds de placement doivent mettre en garde l’épargnant des risques qu’ils encourent. Mais le terme de risque porte à confusion. Parfois, il évoque les fluctuations du portefeuille (volatilité), dans d’autres cas une baisse de sa valeur.

Supposez que votre portefeuille vaut 20 000 francs. S’il baisse régulièrement et sans fluctuations, sa valeur formant une droite descendante vers 19 000 francs, le risque sera considéré comme nul s’il est défini en fonction de la volatilité. Pourtant, vous avez perdu de l’argent. Ce n’est pas une mesure cohérente, affirme Koris dans une étude. La deuxième mesure du risque définit le risque par une baisse de valeur du portefeuille, en vertu des travaux du prix Nobel Daniel Kahneman (aversion aux pertes).

Mais quels risques prendre et comment les mesurer? Le processus qui répond à ces questions s’appelle la budgétisation du risque. L’investisseur ne doit prendre des risques que s’il est convaincu qu’ils rapportent davantage que le cash et les actifs sans risque, indique une étude de Standard & Poor’s.

C’est l’approche utilisée par de nombreux instituts. «Notre modèle est lié à un budget de risque défini par une perte maximale permettant de couper efficacement les pertes tout en maximisant la participation à la hausse des marchés», explique Olivier Christe, à la Banque Bonhôte. L’institut lance précisément de nouveaux fonds selon cette approche novatrice. C’est une première sur le marché suisse, selon le conseiller institutionnel. Pour la première fois ils sont aussi offerts au grand public sous le nom de Bonhôte Asymétrique CHF. L’un investit en obligations, le second est mixte (actions et obligations), et le troisième, qui sera lancé cette année encore, est investi en actions. La quantification du risque repose sur une méthode éprouvée (EVT) et utilisée dans les travaux publics (p.ex. définir la hauteur des polders aux Pays-Bas). Si le budget de risque est de 15% sur le fonds en actions, cela signifie que le fonds ne peut pas perdre davantage que ce pourcentage sur un an.

D’autres fonds avec assurance de portefeuille existent depuis plus de 15 ans, notamment en Suisse. Il s’agit de protéger un plancher d’investissement donné, souvent sur la base de l’assurance de portefeuille à proportion constante (CPPI). Certains gérants combinent celle-ci à un autre principe, le cliquet, qui ajoute une protection graduelle des profits en cas de hausse du sous-jacent risqué. Mais le CPPI «pur» limite la participation aux phases de reprise. C’est pourquoi ces gérants combinent par exemple le maintien de niveaux d’exposition minimale avec des reprises d’exposition discrétionnaires et/ou conditionnelles sur la base de budgets de risque supplémentaire pré-définis. Citons les fonds BCV Dynagest, par exemple, qui offrent de tels produits (actions et obligations) depuis 15 ans.

Chez Lombard Odier, le gérant construit aussi un portefeuille en fonction du budget de risque. Si le client a pour objectif un rendement attendu de cash de +3%, le gérant créera un portefeuille d’actions, d’obligations et d’autres classes d’actifs qui cherchera à atteindre cet objectif sur le moyen à long terme, en visant la trajectoire la plus lisse possible»», explique Théodore Economou, responsable du département multi asset de Lombard Odier IM. La banque parle d’approche «risk-based» («à primauté de risque») pour ses fonds mixtes. Cette approche est employée par la caisse de pension de la banque depuis 2009 et dans les gammes de fonds «All Roads» depuis 2011 et «Vantage» pour les clients privés depuis 2014.

Le géant des fonds PIMCO n’offre certes pas de fonds basés sur l’assurance de portefeuille (CPPI), par crainte de ne pas participer aux phases de reprise. Michael Connor, responsable des produits de couverture, observe «un intérêt croissant pour des stratégies qui cherchent à réduire les risques extrêmes après des années de rendements élevés et en raison des craintes de hausse des taux». Le gérant s’appuie sur des méthodes quantitatives (mathématiques) destinées à réduire les risques extrêmes, en faisant appel à l’analyse de tendances (momentum).