Crispin Davis est-il l'homme providentiel qui remettra Reed Elsevier sur les rails d'une croissance qui faisait tant de jaloux dans le monde de l'édition, il n'y a pas si longtemps? A observer la réaction des investisseurs à l'annonce de son arrivée à la tête du numéro un de l'édition scientifique au monde, la réponse est oui. Mardi, le titre en Bourse d'Amsterdam a fortement grimpé, clôturant à 12,55 euros en hausse de 0,55 euro. A Londres, autre place de cotation du géant qui édite The Lancet ou Variety, bible du show-business, la tendance était identique.

Les mauvaises langues diront que l'action n'avait jamais été aussi basse depuis quatre ans, et que la reprise sera de courte durée, tant les problèmes qui attendent le nouveau PDG sont importants. Les autres constateront que le groupe a enfin achevé sa longue quête – un an! – d'un nouveau dirigeant. De nationalité britannique, Crispin Davis s'est taillé une réputation dans le marketing, au sein de multinationales comme Procter & Gamble et Guinness Plc. Depuis 1994, Crispin Davis dirige le groupe Aegis. Selon l'agence de presse Reuters, il a réussi la «transformation d'Aegis, d'une agence d'achat de publicité en une véritable compagnie de services médias dotée d'unités de recherche marketing en Europe et aux Etats-Unis». Reed Elsevier précise dans son communiqué que, sous sa houlette, la capitalisation boursière d'Aegis est passée de 180 millions de livres (444 millions de francs suisses) à 1,5 milliard de livres environ. L'éditeur ajoute: «Sa stratégie s'est fondée sur l'embauche d'une nouvelle équipe dirigeante, sur un programme de réduction des coûts et sur une nouvelle stratégie de croissance résultant sur une augmentation constante des bénéfices.»

En matière d'équipe dirigeante, une chose est d'ores et déjà certaine: Crispin Davis deviendra seul maître à bord d'un navire barré jusqu'à présent par deux capitaines à la fois: Herman Bruggink et Nigel Stapelton. Ceux-ci assureront la transition jusqu'au mois de septembre, date d'arrivée du nouveau dirigeant.

Sa tâche sera lourde. Après des années de croissance à deux chiffres, l'éditeur, né de la fusion en 1993 de l'anglais Reed et du néerlandais Elsevier, connaît des temps difficiles: fraude au sein d'une de ses branches, problèmes sur les marchés asiatiques, investissements coûteux dans l'information électronique (53,6 millions d'euros l'an dernier). Ceux-ci ont beau être indispensables pour maintenir le géant dans la course, ils n'en sont pas moins lourds par rapport aux revenus d'à peine 6,7 millions dégagés par l'information en ligne. En outre, Reed Elsevier ne s'est pas remis de l'échec de sa tentative de fusion avec son concurrent néerlandais Wolters Kluwer. Crispin Davis devra donc établir une stratégie claire et lisible, notamment pour les investisseurs qui se montrent méfiants. Expert en marketing, Crispin Davis doit montrer d'une part qu'il s'y entend en matière de nouvelles technologies, et, d'autre part, qu'il comprend bien le marché d'outre-Atlantique, crucial pour le propriétaire de la banque de données juridico-légale américaine Lexis Nexis. Or, la forte concurrence qui règne dans ce domaine, associée à une baisse de publicité dans le secteur de certains magazines professionnels, est à l'origine de la prévision à la baisse des bénéfices pour 1999.