L'environnement et l'emploi font bon ménage en Suisse. Souvent accusé de plomber l'économie en raison du poids des taxes et du coût de la réglementation, le secteur de la protection de l'environnement crée plus d'emplois qu'il n'en détruit. Un rapport de l'Office fédéral de la statistique (OFS) qui vient de paraître sur le secteur éco-industriel montre pour la première fois l'importance de ces professions dans l'économie et fait état d'une progression de ces nouveaux métiers.

En 1998, le traitement des déchets, la lutte contre le bruit et la sauvegarde des écosystèmes occupaient 0,4% de la population active helvétique. En tenant compte de toutes les activités qui touchent de près ou de loin à l'amélioration du cadre environnemental, ce chiffre est trois fois plus important. Ainsi, en considérant le travail d'un vitrier qui pose une fenêtre à double vitrage et protège ainsi l'habitat du bruit tout en augmentant son isolation, la part de ce secteur flirte avec les 1,3%.

Une comparaison internationale révèle que ce secteur est plus développé en Suisse que dans les autres pays. En effet, les emplois liés aux activités éco-industrielles occupent 1% de la production totale en Suède, 0,9% en France, 0,5% en Espagne et 0,3% au Portugal. Mais encore une fois, une comparaison entre pays souligne les particularités helvétiques. Si à l'étranger, le commerce de gros déchets et de débris compte pour un quart des postes de travail, les chiffres suisses montrent que l'effort est marqué du côté de la récupération. La réintégration dans le circuit des matières premières est préférée à l'élimination directe. Ainsi, un quart des postes sont voués au recyclage, au traitement et à la valorisation des déchets.

L'assainissement genevois

L'emploi ne fait que suivre le chiffre d'affaires de ce secteur. De ce côté-là, la progression est spectaculaire. En 1990, l'éco-industrie suisse dégageait un chiffre d'affaires de 5 milliards de francs, celui-ci a doublé en huit ans pour atteindre les 10 milliards en 1998. Par rapport au produit intérieur brut, l'éco-industrie a un poids de 2,5%. «Même si ce résultat est impressionnant, il sous-estime la réalité, étant donné que beaucoup d'activités liées à ce nouveau secteur éco-industriel échappent à la statistique», remarque Gonzague Pillet, directeur d'Ecosys, une société de conseil spécialisée dans l'environnement et corédacteur du rapport de l'OFS. En effet, estimer la progression des nouveaux métiers n'est pas chose aisée, étant donné que les enquêtes et la nomenclature de la statistique officielle n'ont pas encore répertorié ces nouveaux postes. Ce qui n'est pas défini n'est donc pas compté. «Nous estimons entre 10 et 12% les emplois qui n'apparaissent pas dans nos calculs par faute de définition correcte», ajoute Gonzague Pillet.

Genève, et ses 400 000 habitants, est le canton qui a relativement le plus d'employés dans l'assainissement, le traitement des eaux usées et la voirie, avec près de 1500 personnes engagées dans ce secteur. De son côté, le canton de Zurich, avec une population de 1,2 million de personnes, n'en emploie que 1850 (voir graphique). Curieusement, pour une même qualité d'eau à la sortie des stations d'épuration ou un même cycle de collecte de détritus, le canton romand emploie près de trois fois plus de personnes. «Cette comparaison est troublante, mais il faut tenir compte de l'effort de l'usine d'incinération des Cheneviers à Aire-la-Ville, qui traite une bonne partie des déchets de l'ensemble de la région», souligne Eve Siegenthaler, responsable de la cellule info-déchet du canton de Genève. En effet, l'usine genevoise, qui est le plus grand site d'incinération de Suisse, a traité 42 000 tonnes de déchets ménagers vaudois en 1999. Ainsi, une partie des 178 postes de travail des Cheneviers devrait apparaître dans les statistiques vaudoises. Il n'empêche que le rapport de l'OFS fait état d'une bulle de l'emploi dans l'éco-industrie particulièrement importante dans le canton de Genève.