ENTRE-TEMPS…

Réflexes et réflexions

Réflexe et réflexion sont deux aspects indissociables, et souvent opposés, de notre vie. Toute la question est de savoir quand utiliser l'un ou l’autre

Au cas où vous ne l’auriez pas remarqué, la Coupe du monde de football s’est terminée. Pendant quatre semaines, nous avons été submergés d’émotions fébriles abreuvées de boissons plus ou moins désaltérantes. En 1981, le zoologiste Desmond Morris a analysé tout cela dans son livre La tribu football: à relire avant et après tout Mondial. Le paroxysme de l’exubérance a été atteint lors de la descente des Champs-Elysées par l’équipe de France. C’est le monde des réflexes.

Pourtant, cette même France recevait le 1er juillet les cendres de Simone Veil au Panthéon. Elle rendait ainsi hommage à un destin tragique et lumineux qui commença dans les camps de concentration pour aboutir à la présidence du Parlement européen. Cette grande dame rejoignait Voltaire, Rousseau et Victor Hugo dans ce que le pays a de plus admirable. C’est le monde de la réflexion.

Barack Obama opposé à Donald Trump

Les dirigeants politiques ou économiques doivent gérer ces deux aspects indissociables de notre vie. Barack Obama intellectualisait tout ce qu’il faisait. Le ministre d’un pays du Golfe me disait à la suite d’une de ses visites: «C’était brillant, mais nous n’étions pas très sûrs de ce qu’il voulait dire…» Au contraire, Donald Trump est passé maître dans l’art de gérer les réflexes. Cela explique sa capacité à changer d’avis sans problème.

Pour résumer, on pourrait dire que le président Obama partait de l’hypothèse que les gens étaient plus intelligents qu’on ne le pensait. Le président Trump fait le pari contraire, celui que les gens sont plus bêtes qu’on ne le pense. Reste à savoir qui des deux a raison.

Les réflexes stimulés par les nouvelles technologies

Juillet a plus de fêtes nationales qu’aucun autre mois de l’année: 35. Cela commence avec le Canada le 1er du mois et se termine avec la Suisse le 1er août. Pour certains, c’est une occasion de projeter son nationalisme, il n’y en a point comme nous: réflexes. Pour d’autres, c’est un moment pour penser les valeurs d’un pays: réflexions.

Ceux qui naviguent dans le monde de la réflexion ont pourtant tort de regarder avec mépris ceux qui gèrent le monde du réflexe. Du point de vue anthropologique, notre capacité à développer les bons réflexes nous a permis de survivre. C’est l’adrénaline qui nous pousse intuitivement à savoir si l’on doit se battre ou fuir.

Les nouvelles technologies stimulent le réflexe. Les réseaux sociaux, par exemple, facilitent l’émission d’opinions spontanées et souvent non réfléchies. Ils affectent même les plus jeunes, ceux entre 8 et 12 ans, qui y consacrent en moyenne trente-neuf heures par semaine. Les émotions sont exacerbées ainsi que les jugements à l’emporte-pièce. Conscients du problème, Google Digital Wellbeing et Apple Screen Time permettent désormais de limiter le temps passé sur des applications.

La publicité, domaine d’affrontement

La publicité est le domaine où s’affrontent le plus le réflexe et la réflexion. La publicité subliminale (comme d’intercaler des images lors d’un spot télévisé) est interdite. Mais la saturation par l’image et au premier degré demeure. De plus, il est devenu courant de faire appel à des personnalités pour vendre un produit. C’est la montre que porte Roger Federer, c’est le développement immobilier où David Beckham a acheté une maison à Dubaï ou Julio Iglesias à Saint-Domingue. S’ils le font, cela doit être bon: réflexes.

Toute la question est de savoir quand gérer quoi. Elon Musk, le président de Tesla, est passé maître dans l’art de se mélanger les pinceaux. Il est capable d’enflammer l’imagination avec ses projets de voyage interstellaire ou d’usine solaire. Et le moment d’après, il crée le scandale par des commentaires publics méprisants ou des tweets irresponsables. Ce désordre permanent entre réflexe et réflexion détruit sa crédibilité.

Néanmoins, les entreprises traitent de plus en plus les consommateurs en adultes. Elles réalisent que leurs clients sont concernés par le réchauffement climatique, le développement durable, le commerce équitable, la responsabilité sociale ou l’éthique des affaires. Les entreprises contribuent ainsi, elles aussi, au monde de la réflexion. Marketing ou pas, c’est une bonne nouvelle.


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