Anémie, atonie, apathie, ralentissement, etc. Voilà le catalogue lexical employé mercredi par l’Organisation mondiale du commerce (OMC) pour apprécier le niveau des échanges internationaux en 2012 et anticiper leur évolution cette année. «Les défauts structurels des économies révélés par la crise n’ont pas totalement été corrigés», résume Pascal Lamy, directeur général de l’entité basée à Genève. Bilan: l’an passé, la croissance du commerce mondial s’est affaiblie à 2%, contre 5,2% les douze mois précédents. Selon Pascal Lamy, il faut s’attendre à un exerce 2013 similaire.

Les économistes de l’OMC tablent cette année sur une progression des échanges transfrontaliers à environ 3,3%, soit en deçà de la moyenne de 5,3% observée depuis 1992 et en recul par rapport aux prévisions antérieures. Il y a un an, le chiffre de 5,6% avait été articulé pour 2013, puis révisé à 4,5% en septembre dernier. «La menace du protectionnisme est plus présente que jamais», prévient Pascal Lamy. Raison pour laquelle, insiste-t-il, le bouclage du paquet de négociations pour la conférence minis­térielle de Bali constitue une al­ternative idéale aux politiques budgé­taires jusqu’ici stériles et aux éventuelles mesures à venir, «sans doute moins conventionnelles».

Nationalisme économique

Par ailleurs, les spécialistes de l’OMC ne savent pas quand – ou si – la croissance retrouvera sa tendance (6%) d’avant-crise. «Il faudrait pour cela que le commerce connaisse une période d’expansion très rapide, ce qui semble peu probable dans un avenir proche», indiquent-ils dans leur rapport. Toutefois, le volume de marchandises et de services échangés devrait avoisiner les 5% dès 2014. Et «à un moment donné dans l’avenir», précise le document, il dépassera de nouveau la moyenne sur vingt ans, «ne serait-ce que parce que cette dernière diminue avec chaque année de croissance faible».

D’après les calculs de l’OMC, les relations commerciales intracommunautaires alourdissent le bilan des échanges mondiaux. «La contraction de 2012 est en grande partie imputable à l’Europe, malgré une compensation due à l’amélioration des conditions, notamment d’emploi, aux Etats-Unis», signale Patrick Low, économiste en chef. Et Pascal Lamy d’ajouter: «La croissance dans l’Union européenne [UE] ne va pas bondir d’ici à 2015. Le travail d’ajustement structurel en cours prendra beaucoup de temps.» La zone euro, avec son taux de chômage avoisinant les 12% et une Allemagne qui résiste mieux que les nations voisines, représente 32% des importations mondiales. En excluant le commerce intra-UE, ce poids se réduit à 15%. Résultat: sans les échanges entre les 27 pays membres, la contraction de la croissance mondiale passe de 2% à 3,2%.

L’Afrique est en revanche la région à s’en être le mieux sortie en 2012, avec une croissance de 6,1% de ses exportations. «Et un PIB en hausse de 9%, ce qui signifie que quelque chose est en train de se passer là-bas, qu’il nous faut encore comprendre», relève Patrick Low. Une observation qui tend à démontrer le découplage «durable», selon l’OMC, de croissance entre les pays industrialisés (la moitié du PIB mondial) et des pays émergents.