La réforme de la prévoyance présentée le 21 juin par le Conseil fédéral («Prévoyance vieillesse 2020») vise à maintenir le niveau des rentes. Mais le projet comporte un coût. Pour le 1er pilier (AVS), il s’agit d’une hausse de 2 points de la TVA. Pour le 2e pilier, le conseiller fédéral Alain Berset veut réduire le taux de conversion de 6,8 à 6,0%.

«Si l’on veut compenser la baisse des rentes qu’implique la baisse du taux de conversion, les assurés devraient épargner 13% de plus en capital», selon Jérôme Cosandey, chef de projet auprès d’Avenir Suisse. Un tel montant peut être financé par des hausses de cotisations. Mais l’aspect des cotisations salariales est demeuré modeste dans les débats, à son avis. Dans une étude publiée la semaine prochaine en français, l’économiste estime que la hausse correspond à 1,7% du salaire coordonné LPP (soit 1,2% du salaire AVS), ou encore à l’équivalent d’une hausse de la TVA de 1%.

Cette augmentation (qui comprend la part des employés et la part patronale) ne se répercutera pas uniformément. Selon les lignes directrices de la «Prévoyance vieillesse 2020», elle dépend de l’âge et du salaire. «Je soutiens l’idée du Conseil fédéral de lisser la hausse des cotisations selon l’âge (bonifications vieillesse) pour aplanir les différences entre actifs jeunes et moins jeunes, mais il aurait été possible de la lisser davantage et de mieux profiter des effets des intérêts composés», explique-t-il vendredi au Temps. Ce lissage permet aux employés plus âgés de réduire la discrimination qui les oblige à payer des charges sociales plus élevées.

Le Conseil fédéral veut aussi élargir la base de calcul et abaisser la déduction de coordination à 25% du salaire AVS (auparavant à 24 570 francs). Cette mesure permet de mieux intégrer au 2e pilier les personnes à temps partiel et celles qui occupent plusieurs emplois. Aujourd’hui, elles sont pénalisées par une déduction unique de 24 570 francs indépendante du taux d’activité.

Avenir Suisse présente le détail des changements dans le tableau ci-contre. Par exemple, pour le salaire médian (84 240 francs, la moitié des salariés gagnent moins et l’autre moitié plus), le salaire assuré LPP s’élèvera à 63 180 francs après la réforme Berset (59 670 francs aujourd’hui). Si ce salarié travaille à 100%, la hausse de sa cotisation LPP représentera 0,3% de son salaire annuel s’il a entre 25 et 34 ans. La cotisation grimpe à 4423 francs. S’il a un taux d’activité de 40%, l’augmentation représentera 3,4% du salaire annuel.

Dans l’exemple, les 45 à 54 ans seront les plus touchés (2,5% du salaire pour les employés à 100%, et 9,1% à 40%). On voit d’une part que l’augmentation est très sensible puisqu’elle représente en moyenne 1,2% du salaire annuel (à 100%) et 6,6% du salaire avec un taux d’activité de 40%. D’autre part, une couverture plus complète des personnes à temps partiel et à emplois multiples entraîne une hausse plus que proportionnelle des cotisations.

Ces augmentations de cotisations ne compensent pas le manque d’épargne des employés qui sont sur le point de prendre leur retraite. Pour la génération de transition, un financement exceptionnel est nécessaire. Le Conseil fédéral évalue le coût à 400 millions de francs, mais Jérôme Cosandey se déclare surpris par ce montant. En 2010, le Conseil fédéral l’évaluait à 600 millions au moment où il estimait le taux de conversion correct à 6,4%. Aujourd’hui, il aimerait le faire passer à 6%. «Ces coûts devraient s’élever au moins à 1,2 milliard de francs», à son avis, ce qui correspond à des coûts supplémentaires de 0,12 à 0,35% du salaire.

C’est la tranche d’âge des 45 à 54 ans qui est la plus touchée