Banque

La réforme fiscale américaine coûte 2,9 milliards à UBS

La banque a essuyé une perte de 2,2 milliards de francs au quatrième trimestre, davantage que prévu. Sans l’effet de l’imposition américaine, elle aurait enregistré un bénéfice. Le groupe annonce aussi un rachat d’actions à hauteur de 2 milliards

C’est plus que prévu. La réforme fiscale américaine a coûté à UBS son bénéfice au dernier trimestre 2017. La première banque suisse a essuyé une perte de 2,2 milliards de francs sur les trois derniers mois de l’année. Sans ce changement réglementaire, elle aurait enregistré un bénéfice de 641 millions. Sur l’ensemble de l’année, le groupe continue d’afficher des chiffres noirs, avec un gain de 1,16 milliard, en baisse de 63% par rapport à 2016.

Lors de la conférence de presse qui s’est tenue lundi matin à Zurich, Sergio Ermotti, directeur général, ne s’est pas attardé sur ce recul et a plutôt estimé qu’il s’agissait d’un «excellent trimestre qui boucle une excellente année». Cette dépréciation a eu un «impact négligeable» sur le ratio de fonds propres d’UBS, a ajouté l’établissement dans son communiqué.

Les banques ont pu profiter d’un programme permettant de retarder le paiement d’impôts à la suite des pertes subies dans le sillage de la crise financière. Or, comme l’impôt sur les entreprises passera de 35% à 21%, la valeur de ces crédits d’impôts dont disposent les banques diminue aussi. C’est cette différence qui s’élève à 2,9 milliards pour UBS et que la banque doit répercuter dans ses comptes. D’où une telle perte.

Pas de désavantage

Interrogé sur la réduction du taux d’imposition, Sergio Ermotti a estimé qu’elle ne créerait par un désavantage concurrentiel trop important pour UBS. «Notre taux se trouve entre 22 et 25%, ce qui ne constitue pas une différence suffisamment importante pour se plaindre d’un désavantage», a-t-il expliqué. En revanche, il a souligné qu’il fallait observer l’impact sur toute l’économie. «La réforme fait des Etats-Unis un pays très attractif pour faire des affaires. Cela va avoir un impact profond à long terme et doit être une préoccupation pour la Suisse et le reste du monde», a-t-il ajouté.

UBS n’est pas le seul établissement à avoir dû refaire ses calculs à la suite du nouveau programme d’impôts. Credit Suisse a ainsi prévu en décembre dernier une réduction de valeur de ses actifs de 2,3 milliards, précisant qu’il s’agissait d’un «ajustement comptable ponctuel qui a un impact faible sur la solide position de fonds propres réglementaires» et anticipant un «impact positif sur l’économie américaine et nos affaires aux Etats-Unis» des réformes. D’autres ont enregistré des pertes encore plus spectaculaires, notamment Citigroup avec 18,3 milliards de dollars de dépréciation.

Programme de rachat d’actions

L’action UBS perdait 3% à l’ouverture lundi, remontant ensuite en partie en cours de journée. Car, au-delà de cet effet fiscal, les résultats de la banque sont globalement en hausse, tirés notamment par les activités de gestion de fortune. UBS a enregistré un afflux net de fonds de 103 milliards dans la gestion de fortune et la gestion d’actifs, tandis que les actifs investis ont augmenté de 366 milliards. La banque d’investissement reste stable, notamment parce que les activités de courtage ont fléchi, en raison de la faible volatilité sur les marchés. En outre, le groupe dit avoir atteint son objectif d’économies de coûts de 2,1 milliards.

Des chiffres un peu en dessous des prévisions de certains analystes. Dont Loïc Bhend de Bordier & Cie, qui juge dans une note ces résultats «globalement un peu décevants, mais sans catastrophe». Comme ses homologues, il se concentre sur l’annonce d’un plan de rachat d’actions à hauteur de 2 milliards sur les trois prochaines années. «C’est la principale (bonne) surprise de cette publication», explique l’analyste spécialisé dans le secteur bancaire. UBS a par ailleurs annoncé un relèvement de 8% du dividende à 65 centimes par action et plus encore les prochaines années. «Le retour à l’actionnaire pourrait bien dépasser largement les attentes sur les trois prochaines années», estime Loïc Bhend. Par ailleurs, UBS veut investir un milliard supplémentaire pour la numérisation.


Fusion des activités de gestion de fortune

UBS a aussi annoncé lundi vouloir rapprocher ses activités de gestion de fortune au sein d’une seule entité, Global Wealth Management. Jusqu’ici, une division était consacrée à l’Amérique, tandis qu’une autre s’occupait du reste du monde. Les deux responsables respectifs deviendront coprésidents de la nouvelle unité qui veut proposer une «offre correspondant aux besoins d’une base de clientèle toujours plus mondialisée», explique le communiqué.

«Nous attendons une plus grande efficacité́, un partage des bonnes pratiques, des retours sur investissement plus élevés et un meilleur service à la clientèle», a aussi expliqué Sergio Ermotti. Une manière aussi d’affirmer «la position de leader mondial incontesté de la gestion de fortune», a-t-il encore rajouté devant la presse. (MF)

Publicité