Après quatre ans de Trumpisme et en proie à la pandémie de Covid-19, dans quel état se trouve réellement l’économie des Etats-Unis? A quelques semaines de la présidentielle américaine «Le Temps» fait le bilan et vous propose une série d’articles thématique.

L’administration Trump a mené des réformes notables dans deux domaines essentiellement, analyse Norman Villamin, responsable des investissements pour la gestion privée à l’UBP: «D’une part, l’administration Trump a diminué les contraintes réglementaires pour certaines industries, par exemple en sapant le pouvoir du Consumer Financial Protection Bureau, créé après la crise de 2008 pour protéger les intérêts des consommateurs. Ces derniers ont moins de possibilités de s’opposer aux établissements financiers.»

Autre exemple, «la loi sur la neutralité d’internet empêchait les fournisseurs de contenus de payer pour bénéficier d’une meilleure diffusion. Or l’abandon de cette disposition a favorisé les grands acteurs du divertissement et généré davantage de revenus pour les fournisseurs d’accès.» Ces deux décisions ont donc bénéficié aux grandes sociétés déjà établies, au détriment des plus petites et des consommateurs.


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D’autre part, poursuit Norman Villamin, «les importantes baisses d’impôts de 2017 visaient à encourager les grands groupes américains à rapatrier des activités et des capitaux situés à l’étranger. Les géants de la technologie ont rapatrié des milliards en 2018, mais les ont surtout utilisés pour racheter leurs actions et le rapatriement d’activités industrielles sur le sol américain ne s’est pas encore concrétisé.»

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L’industrie, «parent pauvre»

La préférence pour les produits américains soutenue par Donald Trump «a eu pour effet de créer 480 000 emplois manufacturiers, relève Charles-Henry Monchau, responsable des investissements de FlowBank. Néanmoins, le secteur continue à ralentir et reste le parent pauvre de l’économie américaine.»

Sur les marchés financiers, «les actions se sont appréciées sous la présidence Trump, poursuit le spécialiste, mais on constate une bifurcation très marquée entre les géants de la tech d’un côté, dont les cours se sont envolés, et les secteurs de l’acier, du pétrole, du gaz, de l’aluminium, voire du charbon de l’autre, qui ont souffert. Or ces derniers sont importants pour les élections, car pourvoyeurs d’emplois dans des Etats qui peuvent faire basculer l’élection, les «swing states.»

Enfin, souligne Charles-Henry Monchau, la guerre commerciale lancée contre la Chine «a fait baisser le déficit commercial américain, mais le débat demeure pour savoir si l’économie réelle en a profité. L’excédent commercial de la Chine a augmenté et la dette des Etats-Unis est passée de 19 000 milliards de dollars en 2016 à 26 000 milliards en 2020.»

Message pour ses électeurs

Pour David Sylvan, professeur au Graduate Institute à Genève, «les droits de douane sur l’aluminium ou l’acier ont bénéficié à certaines industries qui subissaient la concurrence internationale. Mais de manière générale, les changements mis en place par l’administration Trump n’ont pas bénéficié à la plupart des acteurs économiques. Par ailleurs, l’agence de protection de l’environnement a été transformée en une entité qui protège les pollueurs.»

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Néanmoins, poursuit ce spécialiste des Etats-Unis, «beaucoup de réformes de Donald Trump ne profitent pas à un groupe particulier, comme c’était la tradition aux Etats-Unis. Le président cherche surtout à signaler à sa base qu’il déteste les mêmes choses qu’elle, par exemple en restreignant l’immigration, ce qui complique les recrutements dans la Silicon Valley ou dans les hôpitaux, ou en favorisant les écoles privées du pays.»