Le chancelier Gerhard Schröder résiste à tout: une rentrée sociale difficile, un chômage persistant, des pertes électorales dans les bastions de la social-démocratie. On le donnait à la dérive au début de l'été et voilà que, à mi-mandat, il rebondit dans les sondages. Plus de 60% de ses concitoyens approuveraient la réforme «Hartz IV» qui vise à inciter les chômeurs de longue durée à retrouver un emploi. Et la moitié au moins de la population croit désormais que les réformes vont dans le bon sens. Dès lors, le train ne va pas s'arrêter là.

Pour remettre l'Allemagne sur le chemin de la croissance, Gerhard Schröder avait fait passer en décembre 2003, non sans cris et douleurs, une série de lois destinées à réinsuffler de la compétitivité au pays et réduire les charges sociales. Dénommé «Agenda 2010», cet ensemble de réformes touchait notamment les points suivants: assouplissement des conditions de licenciement dans les PME; réduction de la durée des indemnités de chômage à douze mois pour les moins de 55 ans, et à dix-huit mois pour les plus de 55 ans; élévation de la participation aux coûts des médicaments; prélèvement d'une taxe par consultation médicale; privatisation d'une assurance perte de gain en cas de maladie.

Après avoir littéralement déchiré le SPD pendant un an, provoqué une brouille avec les syndicats, c'est surtout dans les nouveaux Länder de l'Est que les réformes ont suscité un formidable rejet populaire, à la fin de l'été, avec les manifestations du lundi. La mesure la plus contestée était la suppression de «l'assistance chômage», qui à la suite de «l'allocation chômage» assurait aux chômeurs un revenu sans limite de temps mais modeste (57% du dernier salaire net), qui parfois pouvait tout de même être supérieur à un salaire à plein temps. L'assistance chômage sera remplacée par l'aide sociale, dont le niveau est beaucoup plus bas.

Gerhard Schröder a tenu bon. Au lieu de descendre dans l'arène lui-même, il a laissé à Franz Müntefering, président du PSD, le soin d'imposer la discipline et d'expliquer aux militants la nécessité des réformes. Lui-même a pris de la hauteur et s'est chargé de faire passer aux Allemands le message de l'austérité, de dénoncer l'attente abusive envers l'Etat social et d'en appeler au changement de mentalité. C'est à l'un des piliers de l'identité allemande et au credo de son parti, l'Etat social, que Schröder s'est attaqué. Le Schröder médiatique, obsédé par les sondages, toujours prêt à la réplique, a changé. Comme si ses ambitions de pouvoir avaient été comblées par sa réélection de 2002 et qu'il visait désormais un autre objectif personnel, «assurer ce qui est nécessaire et ce qui est juste», écrivait la Frankfurter Allgemeine Zeitung.

Les vents contraires persistent. L'opposition chrétienne démocrate accuse le manque de vigueur dans la mise en place des réformes. Le taux de croissance prévu pour l'année prochaine ne devrait pas dépasser 1,5%. Le chômage a légèrement régressé depuis neuf mois et atteint 10,1% avec 4,2 millions de sans emploi, alors que les annonces de licenciements pleuvent. Mais l'opiniâtreté de Gerhard Schröder commence à porter des fruits.

Le moral au plus bas, les Allemands consomment moins, mais les exportations flambent: +10% en juillet. Les dirigeants de l'économie, qui doutent de plus en plus de la capacité de la CDU de présenter un programme économique crédible, y vont de leurs éloges. Récemment, Klaus-Peter Müller, président de Kommerzbank et membre de la CDU, montrait son «respect pour le courage avec lequel le chancelier Schröder a mis en route les réformes. L'économie allemande serait bien inspirée de le défendre en public.»

Les sondages bougent

Parallèlement, le SPD a renoué le dialogue avec les syndicats qui ont trouvé quelques avantages aux réformes. La Confédération des syndicats allemands a ainsi promis au SPD son soutien lors des élections du 20 février dans le Land du Schleswig-Holstein.

Et les sondages bougent. Selon le «Politbarometer» d'octobre, le SPD progresse dans les intentions de vote et atteint 30%. Les Verts sont à 11%. La CDU/CSU, au contraire, ne cesse de régresser et se retrouve à 30%. Avec le FDP (7%), l'opposition aurait, pour la première fois depuis deux ans, perdu la majorité absolue dans les intentions de vote.

Gerhard Schröder n'entend pas en rester là. L'assurance maladie, et notamment son financement sur lequel l'opposition peine à se mettre d'accord, l'assurance dépendance, de nouvelles réformes fiscales sont en débat.