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Les réformes indispensables en France et en Italie, un enjeu décisif pour l’euro

Les divergences entre la France et l’Allemagne d’une part et entre l’Italie et l’Espagne de l’autre sont sources de risques majeurs pour la zone euro, selon Florence Pisani, responsable de la recherche auprès de Candriam Investors

La zone euro connaît aujourd’hui une reprise solide et générale: l’investissement des entreprises est clairement reparti, la consommation bénéficie maintenant de créations d’emplois plus dynamiques et le redressement de l’économie mondiale soutient nos exportations.

En menant une politique audacieuse, la Banque centrale européenne a largement contribué à ce redémarrage de l’activité. Replacer cette reprise en perspective révèle toutefois que des divergences n’ont cessé de s’accentuer entre grands pays de la zone: entre la France et l’Allemagne d’une part et entre l’Italie et l’Espagne de l’autre. Si à l’horizon des prochaines années rien n’est fait pour enrayer ces évolutions, l’avenir de la zone euro pourrait être remis en question. En France comme en Italie, l’enjeu des élections est important: c’est aux gouvernements de ces deux pays qu’il appartiendra de mettre en œuvre les réformes nécessaires.

Depuis plusieurs années maintenant, les divergences en matière de taux de chômage ne cessent de se creuser entre la France et l’Allemagne. Très proches en 2007, les taux de chômage sont aujourd’hui très différents: en Allemagne, ce taux n’a cessé de baisser pour passer récemment en dessous de 4%; en France, il est, depuis la Grande récession, resté voisin de 10%. La principale raison tient au déficit de croissance dont souffre la France par rapport à l’Allemagne. L’évolution des demandes intérieures ayant été, sur ces mêmes années, pratiquement identique des deux côtés du Rhin, l’écart de croissance observé – et donc aussi pour une bonne part l’écart entre les taux de chômage – s’explique par les écarts de contributions à la croissance du commerce extérieur.

L’Espagne se réforme, l’Italie non

Le contraste est plus inquiétant encore entre l’Italie et l’Espagne, les deux grands pays perçus longtemps comme faisant partie de la même «périphérie». Avant la crise de 2008, ces deux pays avaient une compétitivité qui ne cessait de se dégrader. Depuis toutefois, l’Espagne est parvenue à redresser la situation de façon spectaculaire et, à la différence de l’Italie, à améliorer sa productivité et sa compétitivité: ici encore, l’écart des contributions du solde commercial à la croissance explique l’essentiel de l’écart de croissance entre les deux pays. Alors que depuis 2007 l’évolution de leur demande intérieure a été semblable, le PIB italien est toujours aujourd’hui 7% plus bas qu’il y a dix ans et celui de l’Espagne 2% plus haut!

Dans ce contexte, corriger les divergences de performances en matière de commerce extérieur devrait être, pour l’Italie comme pour la France, une priorité. Reste bien sûr à savoir quelles réformes pourraient permettre d’y parvenir. Dans le cas de l’Italie, la faiblesse tendancielle des gains de productivité, y compris dans l’industrie, et la dégradation des coûts salariaux unitaires qui en a résulté, va devoir être corrigée. En France, le problème est plus de parvenir à améliorer la compétitivité «hors prix» des entreprises, ce qui passe par une multitude de mesures qui ne peuvent se réduire au seul allégement du coût du travail, comme cela a été le cas au cours des dernières années.

Le risque d’instabilité en Italie

Savoir si les réformes nécessaires pour enrayer ces divergences seront effectivement mises en œuvre est l’enjeu des élections qui ont eu lieu en France avant l’été et qui auront peut-être lieu dès l’automne prochain en Italie.

En France, La République en marche, le parti du nouveau président, a obtenu la majorité absolue à l’Assemblée nationale. Cela devrait permettre au gouvernement d’avancer sur les chantiers jugés prioritaires par Emmanuel Macron, à savoir une plus grande flexibilité du marché du travail et une amélioration des dispositifs d’aide au retour à l’emploi mais aussi de la formation professionnelle.

En Italie, où la situation économique est nettement plus préoccupante, la configuration politique est plus incertaine. Le rejet, en fin d’année dernière, du référendum portant sur une révision des pouvoirs du Sénat et sur son mode de scrutin maintient les institutions italiennes dans un état de déséquilibre: alors que la Chambre basse et le Sénat disposent des mêmes pouvoirs, leurs modes de scrutins diffèrent, ce qui compliquera la formation d’un gouvernement lors des prochaines élections qui se tiendront au plus tard le printemps prochain. Les discussions à ce sujet ont commencé: de leur issue dépend la tenue d’élections anticipées. Si un accord est trouvé, une dissolution du parlement avant la fin de l’été et de nouvelles élections à l’automne deviendront possibles.

Le retour à un mode de scrutin purement proportionnel (avec un seuil de représentativité de 5%) ne permettra toutefois pas de régler les problèmes d’instabilité chronique des gouvernements: depuis 1945, l’Italie en a connu plus de soixante! Surtout, selon les derniers sondages disponibles, aucun parti ne semblant aujourd’hui disposer d’une majorité suffisante, former un nouveau gouvernement pourrait, une fois encore, s’avérer délicat…

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