Six mois après l’éclatement de la guerre, quelque 60 000 réfugiés ukrainiens sont enregistrés en Suisse, dont environ 33 000 en âge de travailler. Pour en savoir plus sur les défis et les besoins des entreprises concernant l’embauche de personnes ayant fui l’Ukraine, l’Union patronale suisse (UPS) a chargé l’institut Sotomo de réaliser une enquête, présentée jeudi à Berne.

Malgré le statut de protection S accordé par le Conseil fédéral, peu de réfugiés ukrainiens trouvent le chemin du marché du travail. Pourtant, 56% des entreprises sont en principe intéressées par un engagement. Mais seulement 9% d’entre elles occupent déjà des Ukrainiens, ressort-il de l’enquête menée entre le 18 et le 25 juillet auprès de 376 sociétés de Suisse alémanique et de Suisse romande.

De nombreux obstacles compliquent l’intégration des réfugiés ukrainiens sur le marché du travail. Les connaissances linguistiques insuffisantes sont souvent citées, en particulier dans la restauration, la santé et le social, où elles constituent un motif important de non-recrutement. Ce sont pourtant les branches qui voient aussi le plus grand potentiel d’embauche. La majorité des entreprises interrogées (62%) attendent de la Confédération et des cantons qu’ils se mobilisent en faveur d’une meilleure intégration des personnes actives ukrainiennes en leur proposant des cours de langue.

Difficulté d’accéder aux réfugiés

De plus, une entreprise interrogée sur trois demande que les offices régionaux de placement (ORP) jouent un rôle plus actif dans l’accompagnement des personnes bénéficiant du statut S. La conseillère nationale Judith Bellaiche, directrice de Swico, association faîtière de la branche des TIC (technologies de l’information et de la communication), a témoigné des difficultés de recrutement rencontrées dans ce secteur.

Il est extrêmement difficile pour les entreprises d’accéder directement aux réfugiés. Certains d’entre eux n’ont pas non plus une connaissance suffisante du marché du travail suisse, ce qui les empêche de s’y positionner correctement. «Un soutien des ORP serait ici le bienvenu. Grâce à leurs structures et à leurs connaissances du marché du travail, ils pourraient apporter leur aide dans la recherche d’un emploi», estime l'élue Vert'libérale.

Des permis de séjour qui expirent

Le droit de séjour des personnes ayant le statut de protection S, actuellement limité à un an, est un autre motif d’inquiétude. Pour ses premiers bénéficiaires, il expirera donc déjà dans environ six mois. Cette incertitude quant à la suite de la procédure préoccupe de nombreuses entreprises interrogées. Ainsi, 81% des sociétés qui ont déjà recruté des «permis S» seraient favorables à une prolongation du droit de séjour pour la durée de l’engagement.

Le président de l’UPS Valentin Vogt a mis en avant la nécessaire sécurité de programmation pour les employeurs. «Pouvoir s’appuyer sur une perspective concernant le séjour des réfugiés ukrainiens en Suisse inciterait les entreprises à poursuivre ou intensifier leur effort d’intégration grâce à des stages et des places d’apprentissage», a-t-il souligné. Augmenter le nombre de places de formation pour les réfugiés ukrainiens est une préoccupation partagée par de nombreux sondés.

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Parmi les sociétés interrogées, le fait de fournir une contribution de solidarité est une motivation importante. Pour une firme sur trois, le bon niveau de qualification des réfugiés d’Ukraine et le manque de personnel qualifié et de main-d’œuvre sont d’autres raisons qui encouragent à les embaucher.

Malgré les obstacles, l’Union patronale suisse veut poursuivre ses efforts pour intégrer les Ukrainiens sur le marché de l'emploi. Les retours positifs des entreprises qui en en ont déjà embauché représentent un encouragement. Selon l’enquête Sotomo, 85% d’entre elles sont satisfaites de leurs prestations.