Echanges

Le refus de la globalisation traduit un conflit de générations

La globalisation s’est presque arrêtée. La cause est aussi bien conjoncturelle que structurelle. Le mécontentement provient de l’augmentation de la période d’inactivité des personnes âgées, estime le sociologue Thomas Held, lors d’un débat organisé par le BAK Basel

«Je suis pessimiste, sans doute parce que je suis vieux», lance le sociologue Thomas Held, jeudi lors d’une table ronde sur «la fin de la globalisation?», organisée par l’institut de recherches BAK Basel, à Bâle. La croissance des échanges de biens et services, une mesure de la globalisation, est maintenant inférieure à celle du PIB mondial, observe Kai Gramke, économiste auprès du BAK Basel.

Le ralentissement prononcé de la globalisation est en partie conjoncturel, lié aux effets de la crise, ainsi qu’au ralentissement de l’économie chinoise. «Il est aussi le résultat de la multiplication des barrières aux échanges et du protectionnisme ainsi que des limites atteintes par la baisse des coûts du transport», ajoute Thomas Held, auteur d’un article annonçant en 2012 que «la déglobalisation a commencé». Mais si la tendance se poursuit jusqu’en 2035 la perte de bien-être correspondrait, dans le monde, à une demie décennie de croissance du PIB par habitant, selon le BAK Basel.

Fausse compréhension du phénomène

Par définition, la globalisation est la mise en réseau non seulement des biens et services, donc de l’économie, mais aussi de la culture, de l’environnement et de la politique, selon Kai Gramke. «Toutefois, le public le comprend souvent autrement. On associe ce mot aussi bien à la pollution qu’à l’afflux d’immigrés et aux délocalisations d’entreprises», observe-t-il. «On parle trop vite de victimes de la globalisation, alors qu’il s’agit plutôt des conséquences du progrès technologique», précise-t-il.


Le vent qu’affronte la globalisation n’est pas seulement conjoncturel. «Le mécontentement est indiscutable», reconnaît Thomas Held. «C’est parfois le fait de jeunes qui manifestent en chaussures «made in China», T-Shirt «made in Bangladesh» et un iPhone à la main», déclare-t-il. Mais l’opposition signale avant tout, à son avis, un conflit de générations, comme le vote en faveur du Brexit. Le vieillissement démographique se traduit par une période d’inactivité toujours plus longue et créatrice d’un désir de retour à un «bon vieux temps». Ce dernier était, à son avis, moins confortable qu’aujourd’hui, en vertu de tous les paramètres économiques. «C’est cette période d’inactivité prolongée qui suscite le mécontentement», lance-t-il.

La globalisation réduit la pauvreté

«La globalisation a fortement réduit la pauvreté dans le monde et accru le niveau de vie dans tous les pays ouverts aux échanges, en particulier en Suisse. C’est elle qui a permis d’atteindre les objectifs de développement des Nations unies», renchérit Martin Eichler, chef économiste de BAK Basel.


«Les adversaires des échanges refusent la rationalité économique, se disent prêts à sacrifier une partie de leur bien-être et privilégient la primauté de la politique. On risque d’entrer dans un cercle vicieux et de remettre en questions les institutions», critique Thomas Held. La solution passe par la croissance économique et un vaste effort pédagogique, explique-t-il.

«Chaque transformation produit des zones d’ombre. Mais je suis optimiste à l’égard de la globalisation, parce qu’elle rend possible l’amélioration du bien-être», déclare Rolf Sonderegger, président de la direction de Kistler, une grande PME exportatrice.


La reprise va s’accélérer en Suisse

La conjoncture devrait s’accélérer en Suisse et dans le monde en 2017, selon Alexis Bill-Körber, responsable de la recherche auprès de l’institut BAK Basel, qui s’exprimait jeudi lors d’une conférence à Bâle. L’augmentation du produit intérieur brut (PIB) suisse devrait atteindre 1,7% l’année prochaine et 1,9% en 2018, contre 1,6% en 2016.

Selon l’institut bâlois, la reprise devrait s’accélérer sous l’effet d’un effritement du franc, de l’accélération de la conjoncture mondiale et d’un retour de l’investissement en réponse à la réduction de l’incertitude sur la mise en œuvre de l’initiative «Contre l’immigration de masse».

«En Suisse, nous assisterons à un phénomène de convergence de la croissance entre les régions et entre les branches d’activité», explique Beat Stamm, chef de projet auprès de BAK Basel. Si le bassin lémanique présente la plus forte croissance des régions en 2016, avec une progression du PIB de 2,5%, il fermera la marche en 2017, en compagnie de l’Espace Mittelland. La hausse de son PIB sera de 1,5%. La plus forte augmentation viendra de la région bâloise (+2,4%).

La région lémanique a été la plus dynamique du pays non seulement en 2016 mais aussi entre 2011 et 2015 (+2,6%). Elle le doit en partie au négoce de matières premières. L’année prochaine, cette branche devrait subir un ralentissement significatif. Mais en 2018 le bassin lémanique devrait croître autant que la moyenne (1,9%).

Les branches qui ont le plus fortement souffert en 2016 devraient profiter d’une reprise en 2017, à commencer par le tourisme et l’horlogerie ainsi que la construction.


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