«Les entrepreneurs allemands ne paient pas d'impôts chez nous.» Sur fond de paysage bucolique, de vache et de drapeau suisse, ce slogan provocateur s'affiche ces jours sur les murs des quartiers d'affaires de Berlin, Francfort, Hambourg et Düsseldorf. L'image accroche et c'est bien son but: taper dans l'œil des décideurs d'outre-Rhin et les convaincre de s'installer sur les bords du lac Baldegger, dans la région du Seetal. Près de 24 000 habitants à cheval entre les cantons de Lucerne et d'Aarau. Les communes lucernoises du Seetal sont à l'origine de l'opération. Déçues par les canaux traditionnels de promotion économique (canton et Confédération), elles ont décidé de se vendre directement à l'étranger.

«Le développement économique qu'on promettait à notre région dans les années 1900 avec la construction d'une ligne de chemin de fer n'a pas eu lieu. Nous ne le regrettons pas aujourd'hui. Nous n'avons pas d'autoroute, ce qui rend notre région d'autant plus idéale à vivre», prétend Hans Peter Stutz, directeur de l'association Idee Seetal, à l'origine de la campagne. «Notre objectif est clair. Nous entendons attirer des patrons allemands. Et nous espérons qu'une fois installés, ils réaliseront des investissements pour leur propre entreprise ou d'autres projets dans la région», ajoute-t-il.

Le texte publicitaire rappelle en petits caractères qu'on ne paie en réalité presque pas d'impôts dans le Seetal et que le taux d'imposition des sociétés figure parmi les plus bas d'Europe. Le chancelier allemand Gerhard Schröder, qui milite pour une base fiscale unifiée pour les entreprises au niveau européen, appréciera. La publicité met de plus en exergue la création de holdings, l'obtention possible d'un forfait fiscal et la suppression de l'impôt sur les successions cinq ans après son installation. Et si ces avantages ne parviennent pas à convaincre le contribuable allemand, la région y ajoute la qualité de vie offerte, la proximité d'un parcours de golf, de pistes de ski et de l'aéroport zurichois de Unique.

Augmenter la notoriété du pays

Le caractère déclamatoire de l'annonce surprend. «Cette campagne nous coûte 10 000 francs. Au vu de ce budget très serré, nous avons dû faire preuve d'originalité pour que l'on parle de nous. Nous avons choisi de provoquer en jouant avec les symboles de la Suisse pour entamer le dialogue», se défend Hans Peter Stutz.

A l'échelle régionale, les réactions à cette action individuelle sont vives. «C'est une campagne malheureuse, estime Matthias Wyrsch, représentant de la promotion économique lucernoise. Elle est de trop faible ampleur pour être efficace. Nous avons besoin de collaboration et de synergies.» Francis Sermet, directeur du développement économique Western Switzerland (DEWS) qui regroupe les cantons de Neuchâtel, Vaud et Valais, est moins catégorique. «L'addition de campagnes de ce type permet d'augmenter la notoriété et la visibilité de la Suisse auprès des chefs d'entreprise à l'étranger», souligne-t-il. N'étant pas partie prenante, le Secrétariat d'Etat à l'économie (Seco) refuse de juger l'opération. L'institution gouvernementale précise ne pas mettre un sou dans la campagne. Si l'association Idee Seetal reçoit bien des fonds du Seco dans le cadre du programme Regio Plus (640 000 francs entre 2003 et 2006 pour des projets de marketing régionaux), cet argent ne sert pas à financer ce projet, affirme Rita Baldegger, porte-parole du Seco. Pour l'heure, les initiateurs sont plutôt contents de leur coup. «Sans cette campagne, nous n'aurions pas eu cette conversation», conclut Hans Peter Stutz.