Lors du deuxième débat télévisé à la présidentielle américaine, George W. Bush admit que sa seule erreur durant ses quatre années de présidence fut quelques mauvaises nominations. Est-ce que ce soir-là M. Bush a pensé à une certaine nomination du 10 décembre 2002? Peut-être, car depuis que William Donaldson, le républicain, a repris le flambeau de la SEC (US Securities and Exchange Commission), rien dans ses décisions ne reflète la politique libérale si chère à George W. La coalition de Donaldson avec les démocrates met en place une série de mesures qui vont au-delà de la simple protection des investisseurs. La proposition de donner plus de pouvoirs aux investisseurs dans la nomination du conseil des directeurs des fonds favorise les fonds de pensions au détriment des petits investisseurs, et a amené la Chambre de commerce des Etats-Unis à engager des poursuites contre la SEC. La décision d'imposer aux fonds mutuels un président indépendant augmente leurs coûts et pénalise par conséquent leur performance. Si les intentions sont bonnes, les propositions et leur mise en pratique provoqueront peut-être plus d'impacts négatifs que de rendements espérés.

Rallié aux démocrates Harvey Goldschmid et Roel Campos, le président de la SEC a ratifié mardi la réglementation sur les hedge funds contre l'avis notamment de la Chambre de commerce, des commissaires républicains Paul Atkins et Cynthia Glassman, et du président de la Fed, Alan Greenspan. Ce dernier a déclaré que le projet de la réglementation de hedge funds ne pourrait pas prévenir les fraudes et a prédit une vague de nouveaux fonds qui pourraient encourir des pertes importantes, obligeant ainsi la SEC à resserrer encore plus sa politique de contrôle de l'industrie. Ce resserrement empêchera les hedge funds d'agir librement au détriment de l'économie américaine et de la flexibilité de son système financier. Dans ce cadre, ne doit-on pas se demander si la décision de «protéger» quelque 200 000 investisseurs directs dans les hedge funds prévaut sur celle des 95 millions d'investisseurs dans les fonds mutuels qui ont fait confiance à la SEC? L'industrie des hedge funds mobilise aujourd'hui en effet des moyens importants au niveau de la recherche et de l'analyse dans de nombreux établissements financiers et bancaires, la SEC pourra-t-elle faire mieux? Ce qui est sûr, c'est qu'elle devra amputer les ressources allouées actuellement aux domaines tels que les fonds mutuels pour former ses équipes d'inspection de hedge funds. La votation précipitée avant l'élection présidentielle d'une mesure qui n'a que trop peu tenu compte des commentaires des acteurs principaux de l'industrie va placer la SEC face à des conflits qui auraient pu être évités avec un modèle de contrôle différent, peut-être semblable à la réglementation en vigueur en Grande-Bretagne?

L'issue du vote de mardi n'aurait peut-être pas été la même s'il avait eu lieu dans quelques jours. Car indépendamment du vainqueur de demain soir, un changement à la tête de la Commission est fort probable. Si la guerre en Irak, l'emploi et l'assurance maladie prévalaient dans les débats de ces élections, le sujet de la protection des investisseurs individuels et du contrôle des sociétés est resté dans l'ombre. Mais demain, si Kerry est élu, son administration risque de revenir sur la problématique avec une SEC plus active que jamais et peut-être un certain Harvey Goldschmid à sa tête, dont l'objectif avoué est de «faire le ménage». Le choix maintenant est aux mains des Américains. Mais en attendant, où la SEC va-t-elle trouver les moyens pour sa politique de contrôle expansionniste d'aujourd'hui?