L'Ordonnance sur les fonds propres (voir la page suivante) semble disséquer tous les risques. Pourtant l'histoire montre que les faits ignorent les lois. Comme le dit Philipp Hildebrand, «les autorités réagissent forcément avec un certain retard aux derniers développements».

Un bon coussin de fonds propres ne garantit d'ailleurs pas la stabilité du système. Le niveau de liquidités, la qualité de la gestion des risques et du contrôle sont autant importants. Sans parler de la qualité du management. La réglementation sur les fonds propres va donc subir des modifications. Mais est-ce qu'elle parviendra à mesurer le risque de réputation ou le risque lié à la stratégie d'entreprise?

«Swiss finish»

En août 2007, quand la crise démarrait à peine, la CFB a rehaussé le seuil de fonds propres imposé aux deux grandes banques (uniquement à ces dernières en raison du risque particulier de la banque d'investissement). En plus des 20% de fonds propres que la CFB impose au titre du «Swiss finish», les deux grandes banques ajoutent encore 20%. La motivation avancée par Daniel Zuberbühler, directeur de la CFB, ne porte pas à discussion. La crise nous a éclairés sur l'ampleur des pertes susceptibles de frapper certains métiers, dont justement la banque d'investment. L'alternative à ces mesures prudentielles existe, c'est l'interdiction pure et simple des activités d'investment banking. Mais le ratio d'endettement est «l'alternative la plus libérale», selon le directeur de la CFB.

Le Comité de Bâle est conscient des défauts de Bâle II. Nout Wellink, son président, explique que Bâle II intègre insuffisamment l'exposition à la titrisation. En effet les CDO (dérivés sur les hypothèques) portant un rating de première qualité se sont écroulés comme des obligations pourries.

Le Comité de Bâle veut aussi renforcer les fonds propres pour le négoce propre des banques. Les banques y conservent des titres parfois peu liquides et sensibles au risque de crédit. Enfin en matière de transparence, un effort doit être accompli sur les produits structurés de crédit. Des standards sont à l'étude.

La voie est tracée. S & P propose aussi une plus grande sévérité sur les risques de marché. Les banques utilisent un modèle qui mesure un risque de perte maximum (VaR). Il fonctionne bien par temps normal. Mais il s'avère très dangereux lorsqu'une tempête se déclare. Bâle II suppose de pouvoir estimer les risques. Mais avec l'innovation, de nouveaux risques vont apparaître. Mais le régulateur est-il en mesure de les anticiper? Comme l'affirme The Economist, la crise est le prix de l'innovation.