L’invitée

Réglons les vrais problèmes du pays!

Ce pays a besoin d’une politique économique et d’un taux de change propices aux créations d’emplois afin de donner un avenir à la place industrielle suisse

Le Conseil fédéral vient de rendre sa proposition pour la mise en œuvre de l’initiative «contre l’immigration de masse». Unia a aussitôt condamné ce projet qui prévoit de réguler l’immigration par le biais de contingents. C’est une porte ouverte au retour du statut dégradant et inhumain de saisonnier. Le Conseil fédéral serait bien inspiré à s’attaquer au climat de peur qui règne en Suisse, plutôt que de proposer des mesures qui ne feront qu’amplifier les problèmes que nous connaissons déjà.

Après tant d’années de propagande xénophobe de l’UDC, les personnes sans passeport suisse sont devenues les boucs émissaires de celles et ceux qui craignent d’être exclus du marché du travail. Beaucoup vivent avec cette peur au ventre, à l’instar de cette ancienne secrétaire de direction qui m’a confié ne plus pouvoir sortir du chômage à quelques années de la retraite, bien qu’elle ait écrit plus de 700 postulations. La peur habite aussi le technicien d’Alstom parce que, malgré les 26 milliards de francs versés par l’entreprise à titre de dividendes, ce groupe supprime 1300 emplois en Suisse. Sans oublier le couvreur dont le chef fait pression sur les salaires, pour être plus compétitif vis-à-vis de la concurrence.

Discriminer n’est pas la solution

On ne résoudra toutefois aucun des problèmes évoqués en instaurant davantage de discriminations à l’encontre des personnes qui ne sont pas de nationalité suisse.

Cela ne créera aucun emploi pour la main-d’œuvre plus âgée, les licenciements collectifs ne seront pas suspendus pour autant et les salaires pas mieux protégés. Les mesures à prendre tombent sous le sens: ce pays a besoin d’une politique économique et d’un taux de change propices aux créations d’emplois afin de donner un avenir à la place industrielle suisse. Nous avons besoin d’un soutien à la formation plus volontariste, ainsi que davantage de droits et de sécurité sociale pour les travailleuses et travailleurs. Il est aussi primordial de veiller à l’application des dispositions légales et conventionnelles sur le marché du travail, en les complétant par des mesures d’accompagnement renforcées afin de protéger efficacement les salaires et les conditions de travail de chacune et chacun.

Or il n’en est rien. Au contraire, la Banque nationale courtise les marchés financiers, plongeant la Suisse dans une crise de plus en plus profonde. Notre ministre de l’économie confond politique économique et le «laisser-faire». Il assimile les suppressions d’emplois à une catastrophe naturelle inéluctable. Les professeurs et les politiciens néolibéraux prônent la déréglementation, le démantèlement social et les programmes d’économies. Les top managers rêvent de «contingents» de main-d’œuvre migrante bon marché et dépourvue de droits. Une baisse générale des salaires, selon eux, serait la bienvenue. Certains représentants patronaux parlent même d’abroger toute limitation de la durée du temps de travail. A leurs yeux, les contrôles des salaires et des conditions de travail, la protection contre les licenciements et les droits des travailleurs sont inacceptables et disproportionnés. De telles perspectives ont de quoi faire peur à la population en Suisse.

Néanmoins, il existe quelques signaux réjouissants. Genève et Bâle-Campagne ont décidé de renforcer les contrôles sur leur marché du travail. Il s’agit d’une première étape. De telles mesures sont utiles pour soutenir la grande majorité des entreprises honnêtes et leur main-d’œuvre vis-à-vis des pratiques toujours plus frauduleuses de certaines entreprises. C’est pourquoi, outre les syndicats, de nombreux artisans et PME soutiennent ces mesures.

A la fin de l’année dernière, un groupe de travail a été constitué par le Conseil fédéral (contre la volonté du ministre de l’économie, cela mérite d’être souligné!) pour réfléchir à des mesures visant à améliorer la protection des employé-e-s, leurs salaires et leurs conditions de travail. Ce groupe devait formuler des propositions d’amélioration des mesures d’accompagnement à la libre circulation des personnes. Les syndicats ont ainsi fait des propositions concrètes, telles que la possibilité de suspendre les travaux des chantiers en cas de soupçon fondé de dumping, l’extension facilitée des conventions collectives de travail afin que davantage de personnes bénéficient de cette couverture, ou encore une protection contre le licenciement pour les salarié-e-s plus âgé-e-s.

A l’exception de quelques avancées timides, la majorité du Conseil fédéral s’est alignée sur les positions des employeurs et ne veut pas d’améliorations sensibles des mesures d’accompagnement. La balle est maintenant dans le camp du Parlement. Il lui appartient de prendre enfin au sérieux les soucis de la population et d’adopter des mesures propres à régler les vrais problèmes de ce pays. Et non d’apporter de l’eau au moulin à des thèses xénophobes au détriment de la population étrangère, des groupes sociaux vulnérables et des minorités.

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