Publicité

Regorgeant de matières premières, le Mozambique veut s'affranchir de la dette

Le pays reste dépendant de l'aide internationale. Les donateurs contribuent à 45% au budget national.

Star est un marchand ambulant. Il vend des sachets de noix de cajou grillées et salées aux passants dans les rues commerçantes et, surtout, près des hôtels à Maputo, capitale du Mozambique. «Je cible les touristes. Si le produit est bon, ils n'hésitent pas à en acheter», dit-il. Souvent, il exagère le prix et son petit commerce lui permet de subvenir aux besoins de sa famille, sa femme et deux enfants. La noix de cajou est récoltée surtout dans le nord du pays. Elle est le gagne-pain de plus d'un million de Mozambicains.

Elle était même la principale source de devises dans les années 80. Les noix sont récoltées, séchées et traitées dans 14 usines, avant d'être exportées aux Etats-Unis, en Europe et au Japon. Au Mozambique, post-colonial, communiste et en guerre civile, cette filière, comme tant d'autres, est alors nationalisée.

En 1994, lorsque le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale (BM) viennent au secours du pays en ruine, ils imposent la libéralisation du commerce. Dès lors, la production est exportée à l'état brut, notamment vers l'Inde. Les usines locales cessent leurs activités. C'est l'ensemble du secteur qui est sinistré, avec des conséquences désastreuses pour des milliers de familles. En avril 2001, l'Etat réagit. Il impose un embargo sur l'exportation de la matière première. Désormais, les Mozambicains espèrent retrouver leur place de premier exportateur mondial de noix traitées.

La BM ne s'est pas encore remise de son échec. «En privatisant la filière, nous espérions que les intermédiaires payeraient des prix plus rémunérateurs aux producteurs. Or ces derniers ont préféré exporter la matière première, provoquant la fermeture des usines locales», explique Gregor Binkert, chef économiste de la BM pour le Mozambique et pour l'Afrique australe. Selon lui, la BM n'a pas voulu admettre son erreur et a laissé le secteur s'enfoncer dans la crise.

Le débat idéologique sur le rôle du FMI et de la BM, comme celui des donateurs, n'est pas mort. D'autant plus que le Mozambique se retrouve aujourd'hui sous tutelle. Les bailleurs de fonds payent 45% du budget courant de l'Etat, non sans avoir instauré une sorte de «conseil suprême» pour superviser les dépenses gouvernementales dans les moindres détails. Surnommé le G17, ce conseil regroupe les 17 pays donateurs, le FMI et la BM.

En mai dernier, il a renouvelé sa confiance dans le nouveau président Armando Guebuza, élu en février dernier, en lui accordant une aide de 300 millions de francs. «Les progrès atteints dans les domaines du développement sont satisfaisants. Mais ils ont été lents dans celui de la bonne gouvernance», a déclaré Adrian Hadorn, ambassadeur suisse au Mozambique et alors président du G17. Les bailleurs de fonds ne cessent pas de faire remarquer que, sous leur houlette, seulement 2% du budget est consacré à l'armée et qu'en matière de gouvernance, même s'il reste beaucoup à faire, le Mozambique est le meilleur élève en Afrique noire.

«Les deux parties sont gagnantes dans cette relation, analyse Eduardo Costa, directeur de programmes de l'organisation non gouvernementale Action Aid. L'Etat mozambicain a besoin d'argent et les donateurs ont besoin d'au moins un exemple pour démontrer que la solidarité a un impact décisif dans la lutte contre la pauvreté.»

Il craint toutefois que le pays ne parvienne pas à casser cette dépendance. «Alors même que le G8 propose l'annulation d'une partie de notre dette, l'Etat s'apprête à négocier une ligne de crédit de 50 millions de dollars avec la Chine», fait-il remarquer. «La dépendance à l'aide étrangère est un problème si la souveraineté du pays est mise en cause. Nous n'avons pas vraiment les moyens de refuser leurs exigences», dit encore l'économiste mozambicain.

«Il est trop tôt pour avoir une stratégie de sortie du Mozambique, explique Gregor Binkert. Malgré un décollage ces dernières années, le pays est encore l'un des plus pauvres au monde et a besoin de la solidarité internationale. Mais cela est imaginable à long terme.» Selon le chef économiste de la BM, le montant de l'aide internationale pourrait rester le même durant ces prochaines années, mais sa part dans le budget diminuerait au fur et à mesure que le pays augmente sa richesse.