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Des banques de taille petite ou moyenne, actives dans la gestion de fortune, ne dévoilent qu’une partie de leur situation: leurs sites internet vantent leurs mérites mais se gardent de rendre accessibles leurs comptes.
© SALVATORE DI NOLFI / Keystone

Un œil sur la place financière

La regrettable pudeur des banques de gestion de fortune

Les comptes publiés par les acteurs du wealth management permettent rarement de comprendre la profitabilité de certaines activités pourtant décrites comme essentielles

Une comptabilité tenue avec rigueur et précision est essentielle pour une banque eu égard aux risques qui imprègnent tant l’actif que le passif de son bilan:

– L’actif du bilan est constitué en général de créances contre des débiteurs, créances difficiles à évaluer, ainsi que d’instruments financiers dont les cours sont volatils;

– Le passif du bilan regroupe d’innombrables créanciers, qui en grande majorité ne bénéficient pas de protections ou de privilèges particuliers et qui, en cas de déconfiture de l’établissement, en seront réduits à essayer d’obtenir le remboursement d’une créance en paiement d’une somme d’argent;

– Par rapport à une société ordinaire, une banque est en état de surendettement permanent; cette situation est intrinsèque à l’activité bancaire puisque la banque travaille avec l’argent des autres. Pour une banque, les fonds des tiers sont plus que des sources de financement mais la matière première même dont elle a besoin pour déployer son activité.

Diverses règles comptables peuvent être utilisées par les établissements: Swiss GAAP concrétisés par la FINMA, IFRS ou US GAAP. Ces règles traitent de façon divergente de questions essentielles.

Addition lourde et tardive

Ainsi, le goodwill doit être amorti obligatoirement année après année selon les règles de la Finma (ch. 297 Circulaire 2015/1), mais non selon les règles IFRS ou US GAAP qui prévoient des tests complexes pour savoir si un amortissement du goodwill doit être effectué. On peut sérieusement se demander ce qui justifie l’approche IFRS ou US GAAP alors que l’on veut inciter les banques à agir de façon prudente.

Ces approches empêchent l’application d’un principe comptable simple et de bon sens (l’amortissement régulier d’une prime). Elles permettent ainsi de ne pas devoir affronter rapidement les conséquences économiques de transactions coûteuses. Or, puisque tout se paie, l’addition risque de devoir être lourde et être réglée avec retard quand les conséquences économiques réelles de certains investissements malheureux ne peuvent plus être ignorées. Ce sans même évoquer la complexité des tests qui doivent être effectués pour décider si un amortissement est finalement nécessaire.

Le problème de la juste valeur

Les IFRS encouragent la comptabilisation généralisée des actifs en juste valeur (fair value) alors que tel n’est pas le cas des règles suisses. Comptabiliser des actifs en juste valeur peut se justifier pour des instruments financiers acquis ou vendus dans une perspective de négoce à brève échéance. Pour autant que ces actifs soient négociés sur un marché liquide dont les prix sont aisément constatables. Malheureusement, l’usage de la juste valeur a été élargi notamment pour des instruments financiers valorisés selon des modèles mathématiques et dont la valorisation pouvait être très théorique.

Selon certains, l’usage généralisé de la juste valeur a même aggravé la dernière crise. Lors du déclenchement de la crise des instruments financiers, valorisés selon des modèles mathématiques peu fiables, ont dû être vendus par des établissements pour générer de la liquidité. Les ventes ont généré des prix plus bas que celui découlant de la valorisation théorique, ce qui déclenchait une nouvelle vague de ventes. Le phénomène s’auto-alimentait donc et aggravait régulièrement la chute des cours.

Les informations fournies par les banques au public doivent permettre de renseigner non seulement sur la situation patrimoniale et financière des établissements mais également sur les résultats économiques de la politique poursuivie.

Regrettable pudeur

Alors même que les groupes bancaires importants inondent le marché d’une foule d’informations, certaines banques de taille petite ou moyenne, actives dans la gestion de fortune, ont des sites internet vantant leurs mérites mais se gardant de rendre accessibles leurs comptes. Et ce, alors même que les comptes doivent être publiés (art. 6 LB). Cette pudeur est regrettable. Des esprits mal intentionnés pourraient penser que cette discrétion s’expliquerait aussi parce que l’évolution des affaires de ces banques d’une part, leurs résultats d’autre part ne sont pas aussi florissants que ce qu’elles souhaitent.

Dans le domaine de la gestion de fortune, la question des avoirs administrés par la banque est très importante. Il s’agit d’avoirs de clients destinés à être gérés et la banque pourra de ce fait obtenir une rémunération. L’évolution de ces avoirs (Net new money) est suivie attentivement par le marché, notamment pour déterminer le succès de la politique commerciale menée. Le seul fait qu’une banque annonce une Net new money positive ne permet pas encore d’apprécier sa performance réelle.

Ainsi, l’augmentation de la Net new money peut ne pas avoir été causée uniquement par de l’apport d’argents frais de clients mais par des crédits octroyés par la banque mis à disposition des clients pour effectuer des transactions sur le marché. Enfin, la question de la rentabilité des avoirs recueillis est essentielle. Attirer de la clientèle simplement en faisant du dumping sur les prix des prestations n’est pas forcément une politique intéressante dans la durée. C’est un des risques du marché actuel de la gestion de fortune compte tenu de la concurrence féroce qui règne entre les principaux acteurs.

Quelle profitabilité réelle?

Ces questions sont techniques. Elles sont pourtant importantes pour examiner la santé réelle de l’activité bancaire. Les rares études disponibles en la matière fournissent en général des chiffres consolidés sans que l’on ne comprenne toujours comment ils ont été élaborés. De même ce n’est que rarement que les comptes publiés permettent de comprendre la réelle profitabilité de certaines activités pourtant vantées parfois comme étant essentielles pour les établissements concernés.

Ainsi, de nombreux groupes helvétiques qui déploient des activités de private banking en dehors de Suisse ne fournissent pas de renseignements précis sur la rentabilité réelle de ces activités. Des informations à ce propos seraient intéressantes pour comprendre si et dans quelle mesure le modèle helvétique du private banking est réellement exportable comme le soutenaient tous ceux qui affirmaient ne pas être préoccupés par la disparition du secret bancaire.

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