La situation générale est «nettement meilleure que nous pouvions le penser il y a un an, mais je ne pense pas qu’elle soit aussi bonne que ne l’estime le marché», a déclaré Mario Draghi, président du Comité de Stabilité Financière (FSB), samedi soir au sein de la BRI à Bâle, lors d’une conférence de presse tenue avec plus d’une 90 minutes de retard. Face à la fragilité de la reprise, les autorités ont dit vouloir éviter de se montrer «pro-cyclique» et de «pénaliser l’économie réelle».

Le FSB tenait samedi une réunion régulière avec les représentants du G20 ainsi que la Suisse, l’Espagne, Hong Kong, les Pays-Bas et Singapour, le FMI, la Banque Mondiale, l’UE. La réunion ne rassemblait pas seulement des autorités de réglementation et des banquiers centraux mais aussi des représentants chargés de la mise en place des mesures, donc des membres de gouvernements, s’est réjoui Mario Draghi, par ailleurs Gouverneur de la Banque d’Italie. Le siège de la BRI reçoit ce dimanche la visite de patrons de plusieurs grands instituts financiers de toute la planète (voir LT du 09.01.2010).

Mario Draghi a observé «un meilleur accès au marché des capitaux, une augmentation des profits, de la liquidité et des conditions de financement». Mais dans le même souffle, il a mis en exergue «les substantielles fragilités qui règnent dans le système». Le banquier central a cité trois points critiques majeurs. «Chacun est convaincu que l’amélioration provient des vastes stimulus monétaires et fiscaux. Or ceux-ci sont toujours en place». Deuxièmement, «les besoins de refinancement des institutions financières et des entreprises seront impressionnants ces deux ou trois prochaines années. Enfin, les gouvernements eux-mêmes ont des besoins de financement considérables pour ces prochaines années, ce qui s’est traduit par une augmentation du risque souverain sur le marché».

Les rémunérations ont été au cœur des discussions de samedi, aux côtés des nouvelles normes de fonds propres et de liquidités, du risque systémique («too big to fail»), des standards financiers et de la concurrence sur le marché après la crise.

Evitement de l’impôt sur les bonus?

Le FSB a lancé un programme destiné à comparer les rémunérations en cours et la mise en pratique des décisions. Ce qu’il nomme un «peer review». Les résultats seront fournis d’ici mars. Le critère majeur des nouveaux standards, c’est l’alignement des rémunérations sur la prise de risque. Pourtant l’édition de samedi du Financial Times a indiqué, sur la base d’une enquête auprès des banques d’investissements de la City, que les instituts allaient prendre des mesures pour que cela ne soit pas le banquier qui paie la taxe supplémentaire que Londres s’apprête à percevoir. Un partage entre la banque et l’employé est possible. C’est la banque qui paierait 90% de l’impôt, selon le FT. La part reprise par la banque, donc l’actionnaire, est nettement plus élevée pour les banques américaines que pour les autres. Mario Draghi, à qui un journaliste demande de commenter l’information, observe qu’il ne s’agirait pas dans ce cas d’éviter les nouvelles pratiques mises en place par le FSB mais plutôt d’éviter l’impôt.