Un œil sur la place

Réinventons la roue avec l’économie circulaire

Prendre, fabriquer et gaspiller… Le traditionnel modèle économique linéaire est en bout de course, du fait de l’augmentation démographique, de l’épuisement des ressources naturelles et de la dégradation de l’environnement. Mais plutôt que le retour en arrière et la décroissance prônés par certains, une autre approche – l’économie circulaire – ouvre des pistes plus prometteuses et véritablement durables

Jusqu’à présent, notre civilisation a fonctionné selon une approche linéaire: nous commençons par puiser dans un stock fini de matières premières et d’énergie pour fabriquer des biens et services que nous jetons ensuite, créant des déchets souvent toxiques dans un gaspillage de ressources effréné. Ce modèle n’est clairement pas tenable à long terme.

En effet, avec une population qui atteindra 9 milliards de personnes d’ici à 2030, répondre à la demande croissante de biens et de services constitue un défi majeur. Les îles de plastique, le smog, les eaux polluées et les changements climatiques sont des problèmes majeurs que l’on ne peut désormais plus négliger. De fait, selon les plus grands instituts de recherche environnementale, il nous faudrait plus de deux planètes pour continuer à vivre comme le font les Européens aujourd’hui, et plus de quatre si nous adoptions tous le mode de vie américain! Comme nous n’en avons qu’une seule à disposition, il est donc vital de réagir rapidement.

Des propositions bien-pensantes qui ne font que déplacer le problème

Contrairement à ce que voudraient nous faire croire certains fabricants, la solution ne se trouve pas dans le remplacement des voitures à moteur thermique par des automobiles ou des vélos électriques. Séduisantes à première vue, ces technologies ne font en réalité, du fait de la problématique liée aux batteries, que déplacer la pollution des zones urbaines vers les sites de production d’énergie notamment fossile, loin des yeux du consommateur. Les investisseurs ne sont d’ailleurs pas à l’abri de ces illusions, par exemple avec la mode incontournable de la gestion ESG, qui n’est pour certains qu’un mince vernis très superficiel sans effet réel. Et surtout, certains milieux, en mal de nouvelles doctrines politiques, ont transformé une préoccupation qui dépasse les frontières du clivage riches-pauvres en un combat gauche contre droite, capitalistes contre socialistes ou cyclistes contre automobilistes. Avec tous les excès et les dogmes qui réduisent un vrai débat sociétal à un tribunal de l’Inquisition et du «Ecologically Correct».

Une solution pérenne: l’économie circulaire

Pour trouver une meilleure réponse à cette problématique, il suffit de se tourner vers la nature. En effet, dans le monde vivant, comme disait Lavoisier, «rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme»: la matière obéit à un cycle circulaire qui peut se perpétuer sans limite. Les organismes naissent, grandissent, meurent, deviennent des nutriments et retournent finalement dans le sol pour servir à leur tour à d’autres espèces. L’économie circulaire reprend ces principes en concevant dès l’origine des produits réutilisables, faciles à réparer, à démonter et à recycler après usage, tout en recourant à des énergies renouvelables. Cela implique naturellement une réflexion approfondie et une révolution dans la gestion, la production et la consommation des ressources. Ainsi, plutôt que de vendre des biens, l’économie de fonctionnalité (ou «Product As A Service») privilégie la location et le droit d’usage. De même, plutôt que de céder à la tentation de l’obsolescence programmée et au renouvellement effréné des objets, les producteurs ont tout intérêt à fabriquer des produits plus robustes.

Des effets économiques positifs

Lancé il y a une dizaine d’années et popularisé par la navigatrice Ellen MacArthur, ce mouvement a désormais atteint le grand public et devrait s’imposer comme une tendance majeure au cours des prochaines décennies. L’Union européenne vient d’ailleurs de créer un fonds spécial et a fixé des objectifs chiffrés, visant notamment à recycler 65% des déchets municipaux et 75% des emballages d’ici à 2030. Et cette évolution aura des effets positifs sur toute l’économie: selon les estimations de l’UE, la transition vers une économie circulaire pourrait accroître le PIB de 7% d’ici à 2030.

A l’exception des combustibles fossiles, qui seront forcément remplacés par des énergies renouvelables, tous les grands secteurs de l’économie devraient bénéficier d’une telle transition. En effet, les modèles commerciaux circulaires ont tendance à créer des effets positifs qui déclenchent un cercle vertueux pour l’ensemble du système. Par exemple, les plateformes de partage, qui augmentent la durée de vie et l’utilisation des produits, ont de fortes chances de devenir les grands gagnants, de même que les matériaux intelligents et écologiques, moins gourmands en ressources, qui sont utilisés comme solutions de rechange aux produits traditionnels. Ce changement majeur favorisera l’émergence de nouveaux modèles d’affaires et créera d’importantes opportunités pour les entreprises qui sauront répondre à cette évolution. A ce jour, seuls 9% de l’économie mondiale peuvent être considérés comme circulaires, ce qui laisse donc une marge de progression importante et donc des opportunités d’investissement attrayantes.

Un cercle vertueux

On le voit, l’économie circulaire est un véritable mouvement de fond, bien loin de l’«écolo en Birkenstocks», éleveur de chèvres dans le Larzac et apôtre de la décroissance. C’est surtout un changement en profondeur, à l’opposé des labels ESG/SRI qui servent trop souvent d’alibi pour donner bonne conscience au secteur financier. En effet, grâce à une refonte fondamentale de notre manière de concevoir la production des biens et services, l’économie circulaire atteint un double objectif: proposer une solution pérenne à notre problème de gestion des ressources et des déchets, tout en permettant la croissance économique, sur laquelle repose notre civilisation tout entière.

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