Un petit déjeuner, une séance de travail, un «lunch» (avec au menu de la cuisine britannique), une autre réunion. Et c’est tout. A 17h, ce jeudi à Londres, la réunion du G20 devrait être terminée, selon l’agenda officiel diffusé lundi soir.

Les dix-neuf chefs d’Etat, dont les pays pèsent 85% de l’économie mondiale, ont en réalité déjà presque tout préparé. C’est du moins ce que laisse penser un projet de communiqué publié dimanche soir par le Financial Times . Depuis leur rencontre en novembre à Washington, des groupes de travail n’ont cessé de travailler sur ce texte qui doit donner «un message fort d’unité» comme le déclarait le président Barack Obama, hier dans le FT.

En quelque quatre mois, la crise financière a sévèrement dégénéré en crise économique. Ce mardi, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) doit réviser ses prévisions de croissance pour 2009. Les pays de la zone OCDE, dont la plupart des membres du G20 mais aussi la Suisse, devraient connaître une chute de leur produit intérieur brut de 4,3%. Le taux de chômage risque de passer à 10% de la population active, près du double d’il y a deux ans. Les dizaines de milliers de manifestants attendus dans les rues de la capitale britannique mercredi seront là pour rappeler la facture sociale de la crise.

La lecture du projet de communiqué montre qu’il n’y a plus que quelques parenthèses à ôter, quelques chiffres à préciser. Sinon, l’essentiel du texte qui sera publié à Londres est prêt. Reste que les «X» à préciser concernent le point central et immédiat: les milliards de dollars ou euros à débourser pour sortir l’économie mondiale de la récession. Les membres du G20, qui annoncent se revoir «avant la fin de cette année», semblent en revanche proche d’un accord sur la réforme du Fonds monétaire international (FMI) et la régulation financière. Revue de l’état d’avancement de leurs négociations.

La lutte contre la récession, principal point d’achoppement

Les passages encore non réglés du projet de communiqué portent sur LE chiffre qui fâche: le montant de la relance budgétaire cette année, et son effet attendu sur la croissance mondiale (+2% espérés) et l’emploi (20 millions de places de travail créées). Ce week-end, la chancelière allemande Angela Mer­kel a déclaré vouloir rappeler au G20 que les milliards d’argent public déversés dans l’économie pourraient créer une relance instable. Peu avant, le président tchèque de l’Union européenne avait jugé que les dépenses engagées par les Etats-Unis risquaient de conduire «à l’enfer».

Lundi, dans les colonnes du FT, Barack Obama a calmé le jeu. «Nous voulons seulement nous assurer que tout le monde fait quelque chose», plaide-t-il, reconnaissant que chaque pays a «ses propres rythmes politiques». Gordon Brown, premier ministre britannique et hôte du G20, a de son côté abaissé les ambitions de la réunion la semaine dernière, espérant surtout qu’elle démontrera une volonté d’agir «ensemble».

Le protectionnisme combattu, officiellement

Côté commerce, le texte reprend des formules déjà utilisées en novembre lors de la réunion du G20 à Washington. Un appel à «résister au protectionnisme» est de nouveau lancé. De même, les pays du G20 souhaitent la conclusion «rapide» du Cycle de Doha, ces négociations à l’Organisation mondiale du commerce qui durent depuis 2001.

Pourtant, les faits contredisent leur parole. La Banque mondiale a relevé plusieurs dizaines de mesures protectionnistes prises ces derniers mois par ces mêmes pays, du Nord comme du Sud.

Le FMI réformé

Un large accord se dessine pour donner plus de moyens au FMI, même si les montants restent à préciser. En février, le Japon a promis 100 milliards de dollars. L’Union européenne (UE) s’est engagée à donner la même somme. Les BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine, présents à Londres) sont partants. En contrepartie, peut-on déduire du document, les pays émergents obtiennent un calendrier précis de réforme du FMI. Cette dernière doit être mise en place d’ici à janvier 2011. Actuellement, la Chine (3,66% des voix) ne pèse guère plus que le groupe dirigé par la Suisse et qui comprend la Pologne ou encore la Serbie.

La finance mise au pas

Réticents en novembre à suivre les Européens sur la voie d’une régulation plus stricte de la finance, les Américains ont changé d’avis. La semaine dernière, Tim Geithner, le secrétaire au Trésor qui sera aussi à Londres, a détaillé une vaste refonte de la surveillance des marchés financiers et des banques.

Le G20 veut renforcer le rôle du Forum de la stabilité financière (FSF). Créé en avril 1999, ce dernier s’efforce d’améliorer l’échange d’informations et la coopération entre les gendarmes de la finance. La Suisse y siège, représentée actuellement par Philipp Hildebrand, numéro deux de la Banque nationale. Le FSF devrait s’ouvrir à plus de pays et définir une nouvelle régulation de la finance. Limitation de l’endettement (levier) des acteurs financiers, contrôle des rémunérations, création d’«un collège de gendarme des marchés»… Des promesses qui font dire à plusieurs économistes qu’une surveillance mondiale de la finance sera une réalité d’ici à quelques années.

Pression maintenue sur les paradis fiscaux

La Suisse n’est pas mentionnée dans le communiqué. Son nom pourrait cependant apparaître dans la liste, qui devrait être publiée jeudi, des juridictions «qui ne remplissent pas les normes internationales d’échange d’informations fiscales». Cela dépend comment les pays du G20 apprécient les engagements récents de Berne en la matière. Ils annoncent être prêts à prendre des «sanctions» pour «protéger nos finances publiques».