Le commerce extérieur de la Chine a retrouvé en mai de la vigueur, à la faveur d’une levée progressive des restrictions sanitaires à Shanghai qui pénalisaient lourdement l’activité. La capitale économique chinoise, ville la plus cosmopolite du pays, a été confinée par étapes à partir de fin mars en réponse à une flambée épidémique à l’échelle nationale, la plus virulente depuis 2020.

La mise sous cloche totale de la métropole en avril a porté un coup rude à l’activité locale et fragilisé par ricochet la croissance de la seconde économie mondiale. Grâce à son port, l’un des plus importants au monde, Shanghai tient une place stratégique dans les chaînes d’approvisionnement. En mai, des dérogations ont permis à certaines entreprises de redémarrer la production.

Résultat, les ventes de la Chine à l’étranger ont progressé le mois dernier de +16,9% sur un an, selon les Douanes chinoises. Des analystes interrogés par l’agence Bloomberg anticipaient un rebond mais plus modeste (+8%), après un tassement en avril (+3,9%), alors la plus faible progression depuis 2020 pour les exportations. Les importations de la Chine ont elles aussi rebondi en mai (+4,1% sur un an), après une stagnation un mois plus tôt. Les analystes avaient également anticipé cette reprise mais de façon plus modeste (+2,3%).

Demande moins robustes de matériel de télétravail

Avec la levée progressive des restrictions sanitaires, «la logistique s’est nettement améliorée en mai» dans la large et dynamique région autour de Shanghai, déclare à l’AFP l’économiste Rajiv Biswas, du cabinet S&P Global Market Intelligence. «Le débit quotidien de fret au port de Shanghai a retrouvé 95% de son niveau normal le 24 mai», souligne-t-il.

En avril, au plus fort des restrictions, le port ne fonctionnait qu’à environ 50% de sa capacité «ce qui fait donc une grande différence», remarque l’économiste Iris Pang, de la banque ING. L’électronique a constitué le mois dernier le principal levier pour le commerce chinois, aussi bien pour les importations (notamment de puces) que les exportations, souligne-t-elle. Depuis deux ans, les exportations chinoises ont largement profité des besoins du reste du monde en matériel pour le télétravail. Mais cette demande est désormais «moins robuste», nuance l’économiste.

Logiquement, l’excédent commercial de la Chine a bondi en mai pour atteindre 78,76 milliards de dollars (73,42 milliards d’euros). Il s’élevait un mois plus tôt à 51,1 milliards de dollars. Après deux mois d’un confinement éreintant pour les habitants et l’économie, Shanghai a levé début juin la plupart des restrictions anti-covid. De son côté, la capitale Pékin qui tournait au ralenti le mois dernier après un regain épidémique, a retrouvé ces derniers jours une vie quasi-normale.

«Redoubler d’efforts»

Cela va permettre à la consommation de «se redresser» ce qui mécaniquement entraînera un rebond plus marqué des importations au second semestre, prévient M. Biswas. Les mesures sanitaires ont ces derniers mois découragé les déplacements et pénalisé la consommation des ménages, menaçant désormais la croissance du géant asiatique.

Le Premier ministre Li Keqiang, qui ne cesse de dresser un constat morose de l’économie nationale, a exhorté mercredi à «redoubler d’efforts pour supprimer les obstacles» à la reprise, selon l’agence officielle Chine nouvelle. Craignant des sanctions de leur hiérarchie en cas d’apparition de cas de covid, certains responsables locaux tendent à privilégier des mesures sanitaires parfois zélées, au détriment de l’économie.

«Toutes les localités doivent coordonner efficacement la réponse au Covid-19 avec le développement économique […] et ramener l’activité à la normale aussi vite que possible», a insisté Li Keqiang, selon le compte-rendu d’une réunion consacrée à l’économie. Le ralentissement économique met en péril l’objectif de croissance d’environ 5,5% fixé par Pékin, dans une année politiquement sensible qui devrait voir Xi Jinping être reconduit à la tête du Parti communiste chinois (PCC) à l’automne.