Le Conseil fédéral scrute aujourd’hui, pour décider ou non d’un troisième programme de relance, les dernières prévisions économiques du secrétariat d’Etat à l’économie (Seco). Tout indique qu’elles seront revues à la baisse. En mars, le Seco s’attendait à une chute du produit intérieur brut (PIB) de 2,2% en 2009 et à une légère reprise de 0,1% en 2010. Le taux de chômage est estimé à 3,8% cette année et à 5,2% l’an ­prochain.

Ces chiffres sont sans doute largement dépassés. Economiesuisse, l’organisation faîtière des entreprises, a donné le ton, lundi, en estimant que la Suisse ne sortira pas de la crise en 2010. Le repli du PIB sera, selon l’organisation, de – 2,9% en 2009 et de – 0,8% en 2010.

Jan-Egbert Sturm che,f de l’institut de recherches conjoncturelles (KOF) de l’EPFZ, est plus pessimiste pour cette année, en annonçant une chute de 3,3% du PIB, suivie d’une baisse de 0,6% en 2010. «Ce sera la plus forte récession en Suisse depuis 1975», s’exclame le patron du KOF.

L’heure est grave. Les expor­tations devraient, selon le KOF, chuter de 12% cette année et la consommation, seul soutien conjoncturel actuel, fléchira à son tour de 0,4% en 2010, dans un contexte de 240 000 personnes inscrites au chômage, ce qui représente 330 000 demandeurs d’emploi.

Troisième plan combattu

Que fait le Conseil fédéral? Deux étapes d’un «plan de stabilisation» de l’économie, totalisant des dépenses nettes de 1,2 milliard de francs, principalement en infrastructures ferroviaires et routières, ont été acceptées. Le gouvernement réfléchit depuis plusieurs mois à la nécessité de rompre le principe du frein à l’endettement pour stimuler la consommation par des mesures de renforcement des indemnités de chômage ou de soutien du budget des ménages. Mais un tel soutien, via une troisième étape du plan de relance, est loin d’être accepté. Le Conseil fédéral est profondément divisé sur la question. Eveline Widmer-Schlumpf s’est déclarée ouvertement opposée à cette idée, lundi devant les délégués de l’Union patronale. «Je suis très sceptique sur la nécessité d’une troisième étape. Ne tombons pas dans le populisme de mesures qui n’ont qu’un effet à très court terme. Peut-être devrons-nous agir à la fin de l’année prochaine, si nous nous apercevons que les mesures de prolongement du chômage partiel s’avèrent insuffisantes.»

A priori, seuls trois membres du gouvernement sur sept  – Doris Leuthard, cheffe de l’Economie, et les deux représentants socialistes – sont totalement convaincus de l’utilité d’un troisième volet.

Les milieux économiques sont opposés, par principe, aux programmes de relance. Ils craignent l’aggravation de l’endettement des pouvoirs publics et l’ingérence de l’Etat dans le système de libre concurrence. Ils estiment, comme les partis radical et UDC, qu’il ne faut pas soutenir des secteurs ou des entreprises affaiblis en raison de problèmes structurels et non conjoncturels. Même les petites et moyennes entreprises sont réticentes. Un récent sondage d’Ernst & Young démontre que 73% des entreprises sont convaincues que les moyens engagés par l’Etat pour relancer l’économie n’ont aucun effet sur leur propre évolution commerciale.

L’horlogerie est l’un des secteurs qui souffre le plus de la crise économique en ce moment. Mais elle fait le gros dos sans réclamer d’aide de l’Etat. «Nous avons ­surtout besoin de commandes. Et pour cela la Confédération ne peut rien pour nous. C’est le ­discours que tiennent nos membres», relève François Matile, secrétaire général de la convention patronale de l’industrie horlogère. Il reconnaît toutefois l’utilité de la prolongation du chômage partiel «qui constitue un bon amortisseur social et économique».

Deux partis pour un «new green deal»

La réaction des autorités politiques suisses face à la crise est très faible comparée par exemple aux 1000 milliards de dollars engagés aux Etats-Unis, notamment dans un «new green deal». La pression de la population suisse, épargnée par une crise immobilière qui affecte fortement la Grande-Bretagne, l’Espagne ou les Etats-Unis, est sans doute aussi moins forte. Pourtant n’est-ce pas le moment d’utiliser la crise comme tremplin pour relancer l’économie sur une nouvelle base écologique? Deux formations politiques, le PDC, qui a publié un document de travail en mars 2009, et le Parti socialiste, qui propose un plan de relance de cinq milliards de francs largement axé sur la promotion des énergies renouvelables et va lancer une initiative populaire en ce sens, sont prêtes à agir. Le 11 juin, le Conseil des Etats a demandé, à une faible majorité, la création d’un fonds de un milliard de francs financé aux deux tiers par la Confédération pour subventionner, à hauteur de 20%, les capteurs solaires.

Ecologie et relance économique peuvent faire bon ménage. Comme le prouve l’entreprise bernoise Flyer qui fabrique 17 000 vélos électriques par an, a engagé 60 personnes et investit en ce moment 12 millions de francs dans un nouvel atelier. «La crise économique n’est pas un problème pour nous», explique son directeur, Kurt Schär. La société, créée en 2001, n’a bénéficié d’aucune aide de l’Etat mais elle a pu profiter indirectement des Recherche et Développement soutenus par la Confédération dans un programme d’impulsion sur la mobilité électrique. C’est d’ailleurs un problème en Suisse, où, contrairement à l’Union européenne, les fonds publics ne peuvent pas être directement investis dans des projets industriels de recherche et développement. «C’est difficile de changer ce principe de politique économique en temps de crise», constate René Dänliker, président de l’Académie suisse des sciences techniques.