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En décembre 2016, le président élu Donald Trump a invité différents représentants de la Silicon Valley dans sa tour (ici avec l'entrepreneur Peter Thiel et le patron d'Apple Tim Cook)
© DREW ANGERER / Getty Images / AFP

Technologies

La relation ambiguë de Trump à la Silicon Valley

Droits de douane, neutralité du Net, immigration, les sujets de discorde restent nombreux entre le monde de la tech et le président américain. Mais, pour les grands noms de la Silicon Valley, toutes les mesures récentes ne sont pas négatives

Un peu comme la Silicon Valley, Donald Trump aime bouleverser l’ordre établi. Vendredi, il a donné une interview surprise à l’émission Fox and Friends au beau milieu de la pelouse de la Maison-Blanche. Le président des Etats-Unis y a justifié sa décision d’augmenter de 25% les droits de douane sur 50 milliards de dollars d’importations chinoises à partir du 6 juillet.

L’ex-star de téléréalité dit vouloir sanctionner le «transfert de technologie» imposé aux entreprises américaines cherchant à s’implanter en Chine. Une pratique s’apparentant au vol de propriété intellectuelle. Trump compte ainsi protéger les innovations de la Silicon Valley, qu’il surnomme «les joyaux de la couronne du pays».

Sauf que la méthode paraît contre-productive. Même aux principaux intéressés. «Ces droits de douane sont une erreur», a commenté Linda Moore, présidente de TechNet, l’association regroupant les principaux acteurs du monde technologique américain. S’attaquer aux pratiques commerciales chinoises ne fait pas débat mais engager une guerre commerciale coûterait 322 milliards de dollars à l’économie américaine ces dix prochaines années, a même calculé Linda Moore.

Une Silicon Valley résignée

Car l’Empire du Milieu fait figure de partenaire incontournable. Non seulement une multitude de composants utilisés dans les produits inventés par la Silicon Valley y sont fabriqués. Mais le cash chinois inonde les start-up américaines. Et pourquoi s’aliéner un marché aussi prometteur que complexe à pénétrer?

Même le patron d’Apple Tim Cook dit avoir essayé de convaincre le président américain de faire marche arrière lors d’une réunion à la Maison-Blanche en avril. Il a dû se rendre à l’évidence: Donald Trump est têtu. Le 19 juin 2017, le gotha de la tech avait rendez-vous à la Maison-Blanche, s’imaginant sans doute pouvoir l’influencer. Un an plus tard, même Elon Musk, loué pour sa capacité de conviction auprès des investisseurs, a renoncé.

Lire aussi:  Donald Trump face à Tim Cook (27.11.2016)

Une présidence pourtant «favorable»

Le paradoxe, c’est que depuis cette rencontre, la Silicon Valley n’a pas eu à se plaindre du républicain. Sa présidence a été «favorable au milieu des affaires et vraiment très bonne pour la tech», avouait récemment au New York Times Gary Shapiro, patron de la Consumer Technology Association.

Apple a économisé 43,7 milliards de dollars d’impôts grâce à sa réforme fiscale. Les GAFA profitent du dynamisme du marché boursier. La volonté de ne pas réguler à outrance les drones ou les voitures autonomes arrange les acteurs du secteur. Et Amazon, Oracle ou Microsoft jouiront de contrats juteux si le gouvernement fait appel à leurs clouds pour moderniser ses systèmes informatiques.

Même la fin de la neutralité du Net, effective depuis la semaine dernière, pourrait bénéficier aux géants du secteur. Si, comme beaucoup le craignent, les fournisseurs d’accès à internet créent un web à deux vitesses, les entreprises les plus riches partiront avec un avantage sur les start-up moins bien dotées.

Lire aussi:  La neutralité d’internet est morte cette semaine (15.06.2018)

Comparer la Silicon Valley à Detroit

La politique migratoire de l’administration Trump reste le principal sujet de discorde, pour des raisons morales et économiques. Fin mai, le gouvernement des Etats-Unis a par exemple annoncé qu’il renonçait au «visa start-up» préparé sous Barack Obama. Le visa permettait en théorie à un entrepreneur étranger de rester cinq ans aux Etats-Unis.

«Alors que les pays du monde entier font ce qu’ils peuvent pour attirer et garder des individus talentueux capables de créer et faire grandir des entreprises innovantes, l’administration Trump manifeste son intention de faire exactement le contraire», a regretté dans un communiqué Bobby Franklin, patron de la National Venture Capital Association.

Les «licornes», ces start-up valorisées à plus d’un milliard de dollars, comptent dans plus de 50% des cas un immigré parmi leurs fondateurs. Tout cela sans visa spécial, rappelle l’administration. Mais le monde change. L’argent des capital-risqueurs était investi à 75% aux Etats-Unis il y a dix ans. La part est passée à 45% en 2017. La Chine accueille 36% des «licornes» du monde, trois fois plus qu’il y a quatre ans. De quoi amener Newsweek à comparer la Silicon Valley à Detroit, royaume de l’automobile déchu avec la montée en puissance des constructeurs japonais. Le vote de la Silicon Valley lors des élections de mi-mandat en novembre est déjà acquis aux démocrates. Mais puisque la région a finalement aussi profité de cette année et demie de présidence Trump, le niveau de ses donations à la gauche américaine illustrera son envie réelle de changement à Washington.

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