Le produit intérieur brut (PIB) de la Suisse s’est contracté de 8,3% au cours du deuxième trimestre de 2020 (source: Tradingeconomics.com).

Après avoir analysé plusieurs indicateurs des pays européens entre les mois de janvier et août 2020, voici cinq résultats intéressants:

1. Il existe une relation significative entre la sévérité des mesures de confinement décidées par les gouvernements et la réduction du taux de croissance annuel du PIB des pays concernés. En effet, après la première vague de covid en Europe (printemps 2020), nous avons constaté que la sévérité des mesures de confinement expliquait environ un dixième de la diminution du PIB. En parallèle, si l’on considère également le nombre relatif de décès par pays, notre modèle explique 20,7% de la diminution du PIB. En d’autres termes, la sévérité des mesures de confinement et la sévérité avec laquelle les pays ont été touchés par le virus justifient un cinquième de la diminution du PIB.

2. Notre modèle montre que la sévérité des mesures liées au confinement n’a pas d’impact significatif sur l’augmentation du taux de chômage. Cela dit, cette analyse porte sur une courte période et nous savons qu’il y a en général une latence d’environ six mois pour voir l’impact sur le taux de chômage. De ce fait, il serait pertinent d’examiner la situation sur une période plus longue. Par conséquent, cette relation devrait être analysée au cours des prochains mois.

3. Il existe une relation entre la dimension culturelle basée sur le degré d’individualisme (vs collectivisme) et son impact sur la gravité du problème sanitaire. Au contraire, les sociétés qui valorisent davantage des valeurs dites de collectivisme ont eu moins de décès (par million de personnes). Pour bien se représenter cette dimension, il s’agit de savoir si l’image que les gens ont d’eux-mêmes est définie en termes de «je» ou de «nous». Environ 25% de la variable «degré de gravité de la situation sanitaire causée par le virus» est expliquée par ce dernier. Pour se faire une idée de la situation de la Suisse sur cette dimension, le score est de 68 sur 100 (100 étant le score le plus «individualiste»).

4. Il existe une relation significative entre le niveau de confiance de la population envers le gouvernement et la sévérité des mesures de confinement. Dans les pays où le niveau de confiance envers le gouvernement est élevé, les mesures de confinement ont été moins strictes. Cela montre que dans ces pays, les gouvernements ont décidé de laisser davantage de liberté et ont compté sur le civisme de la population pour suivre les règles de barrières sanitaires qui lui ont été imposées. Par exemple, dans le cas de la Suède, on peut affirmer que même si les mesures de confinement étaient relativement souples, la population avait suivi de près les instructions du gouvernement (par exemple moins de déplacements observés notamment via le rapport de mobilité généré par Google).

5. En comparant la qualité des prestations de soins (notamment le nombre de lits d’hôpitaux par pays en Europe), on constate que 9,3% du nombre de décès (pour un million de personnes) s’expliquent par la capacité du système de santé de chaque pays à recevoir dans de bonnes conditions les personnes malades. Autrement dit, environ un dixième des décès est expliqué par le niveau de qualité du système de santé de chaque pays. Par exemple, si nous parlons de la capacité d’«absorption» des malades dans les hôpitaux, l’Allemagne est le leader en Europe avec 8 lits pour 1000 personnes (source: Tradingeconomics.com). Parallèlement, il n’y a pas de relation significative entre la sévérité des mesures de confinement et la réduction du nombre de décès. Cela dit, dans un contexte multifactoriel, il n’est pas possible de généraliser cette relation, d’autant plus que la notion de temps est un aspect important. Il est évident que le confinement a permis de ralentir et inverser la courbe, mais, étant souvent imposé trop tard dans le temps, la situation s’est aggravée et ça a donné lieu à des pertes humaines. Par ailleurs, on voit que dans certains pays où le confinement n’était pas si strict (par exemple en Suisse), ce n’est pas pour autant qu’il y a eu plus de décès en comparaison avec les pays voisins. Cela dit, encore une fois, la dimension multifactorielle rend l’analyse difficile à ce stade.

Pour conclure, on peut affirmer que chaque pays a sa réalité (niveau de civisme de la population, niveau des prestations de santé, mode de vie, etc.) et qu’il est donc difficile de comparer les situations.

A l’avenir, le défi consistera à offrir une vaccination appropriée pour les personnes à risque et à mettre en œuvre des mesures de confinement ajustables en fonction de chaque contexte, afin de sauver le plus de vies possible et, en même temps, de réduire l’impact négatif sur l’économie et la société dans son ensemble.