Échanges

Les relations sino-suisses encore renforcées par une ligne aérienne

La ligne Zurich-Pékin rouverte cette semaine n’est que l’effet logique de l’augmentation des échanges commerciaux entre les deux pays, selon les spécialistes des relations sino-suisses. Depuis 2010, le nombre de vols directs entre la Chine et la Suisse a triplé

Depuis mercredi, le ciel entre Zurich et Pékin est encore un peu plus fréquenté. Après dix-sept ans d’absence, la compagnie aérienne chinoise Air China a rouvert son vol direct entre la capitale chinoise et l’aéroport de Kloten. Quatre fois par semaine, des Airbus A330 feront le transit entre les deux continents. En l’espace de six ans, le nombre de vols directs entre la Suisse et la Chine a presque triplé.

Pour le responsable du site Sinoptic.ch, observatoire des relations entre la Chine et la Suisse, Air China ne fait que dédoubler la ligne déjà ouverte en 2013 entre Pékin et Genève. Gérald Béroud estime en outre que cette réouverture est l’effet logique de l’augmentation des échanges commerciaux entre les deux pays. Dans une interview accordée à l’agence Bloomberg, Chen Ge, responsable suisse d’Air China, abondait dans le même sens: «De plus en plus de sociétés chinoises veulent investir en Suisse. C’est bon pour nos opérations, car cela signifie que de plus en plus d’hommes d’affaires chinois viennent ici.»

Mouvement général

«C’est un mouvement général que l’on observe depuis des années, précise Gérald Béroud. Les entreprises chinoises deviennent de plus en plus puissantes et reçoivent des encouragements du gouvernement, car il y a une volonté politique de se développer à l’international.»

Si l’ensemble de la planète est touché par ces investissements chinois, la Suisse est particulièrement concernée grâce notamment à l’accord de libre-échange signé entre les deux pays en 2013 – le premier que Pékin a signé avec un pays d’Europe continentale, et qui pourrait prochainement être étendu. Mais ce n’est pas tout. Chez Switzerland Global Entreprise (SGE), qui contribue notamment à promouvoir la Suisse aux yeux des investisseurs étrangers, «il est indéniable que la bonne santé de nos relations politiques bilatérales […] a également un effet positif sur nos relations commerciales», souligne Alain Graf, spécialiste de l’Asie pour SGE.

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Problèmes culturels

Bien sûr, la reprise de Syngenta par ChemChina l’an dernier pour 43 milliards de dollars a marqué les esprits, mais il ne s’agit que de l’arbre qui cache la forêt. D’Addax à SR Technics en passant par Swissmetal, Corum, Swissport, Sigg ou Dufry, les prises de participations de groupes chinois en Suisse se comptent par dizaines.

«La Chine arrive avec ses capitaux, c’est très bien. Mais est-ce que nos pouvoirs politiques sont assez forts pour exiger qu’ils se conforment aux mœurs et à la législation helvétiques?» s’interroge Patrick Gantès. Et le secrétaire général du Centre de recherches entreprises et sociétés (CRES) de se demander si cette lune de miel entre la Chine et la Suisse ne génère pas quelques crispations. «A moyen terme, l’investissement chinois dans une entreprise implique une «sinisation» de cette dernière, ce qui peut poser des problèmes assez clairs vu les différences entre nos deux cultures», soutient Patrick Gantès, qui rappelle les problèmes judiciaires rencontrés par Addax Petroleum depuis son rachat par Sinopec. Ou, dans un autre registre, les difficultés de gestion rencontrées par la marque chaux-de-fonnière Corum depuis sa reprise par Citychamp.

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Il n’y a pas encore eu à ma connaissance de pertes d’emploi en Suisse après un passage de bâton en mains chinoises

«Une adaptation est certes nécessaire, car les entreprises chinoises fonctionnent différemment, mais il ne faut pas faire de généralités, met en garde Gérald Béroud. L’exemple de Huawei, qui va mieux après une période difficile, montre que cela peut très bien se passer.» Alain Graf, de SGE, rappelle pour sa part que les entreprises chinoises «ne sont qu’au début de leur périple d’internationalisation» et qu’une certaine période d’adaptation est nécessaire pour mieux se connaître. Il conclut: «Il n’y a pas encore eu à ma connaissance de pertes d’emploi en Suisse après un passage de bâton en mains chinoises, ce qui n’a pas toujours été le cas si nous nous souvenons de certaines reprises de sociétés suisses par des investisseurs occidentaux.»

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