Prévu initialement à fin 2012, l’accord de libre-échange avec la Chine commence à se faire désirer. En attendant, la Suisse romande a trouvé de quoi se consoler. Ce mardi soir, à Cointrin, pour la première fois, Genève et Pékin seront directement reliés. Le vol inaugural atterrit à 18h25 et redécolle à 20h25 précises, sous les yeux d’environ 200 invités et membres de la presse environ

Un gratin composé, côté suisse, des responsables politiques, ­économiques, touristiques et industriels. Côté chinois, deux ambas­­sadeurs sont attendus, des représentants économiques et touristiques et, bien sûr, un ou plusieurs dirigeants de la compagnie aérienne concernée, Air China.

A Genève comme à Pékin, c’est la mobilisation générale. A Cointrin, un «accueil personnalisé» est mis en place. Des annonceurs ciblés ont été approchés par l’équipe de marketing de l’Aéroport international (AIG), une signalétique en chinois a été installée, des auxiliaires parlant le mandarin ont été embauchés et des cours d’initiation à la culture chinoise ont même été suivis par le personnel. «Nous voulons faire comprendre aux Chinois qu’ils sont des hôtes précieux», résume Bertrand Staempfli, le porte-parole de l’aéroport.

Géraldine Henchoz, elle, est à Pékin depuis la semaine dernière. La responsable du marché chinois pour Genève Tourisme coorganise, avec Suisse Tourisme et Air China, un événement de promotion à ­l’occasion de ce premier vol, qui ­décolle aujourd’hui à 13h30, heure chinoise (8h30 en Suisse). «Il vise à mettre en avant les atouts de Genève et la beauté de son environnement, dont raffolent les Chinois. La Suisse et en particulier Genève, les attirent, car elles mélangent ville, campagne, qualité de vie et atmosphère paisible», détaille-t-elle.

Si Genève Tourisme s’affaire tant, c’est que le potentiel est incontestable. «La demande pour Genève a augmenté de 50% en Chine, entre 2010 et 2011, expliquait samedi Zhigang He, directeur marketing de la compagnie, dans la Tribune de Genève. Désormais, Air China prévoit une croissance de 10 à 15% par an.

Genève avait enregistré quelque 48 000 nuitées chinoises en 2010. Deux ans plus tard, 68 000. Une hausse de 42%. Sans donner d’objectif, on aspire désormais à plus. «On le voit à Zurich, les vols directs sont de vrais moteurs de croissance, reprend Géraldine Henchoz. A moyen-long terme, cela va conduire les tour-opérateurs chinois à ajouter Genève à leurs programmes, qui, pour la plupart, commençaient et finissaient à Zurich…»

Et il n’y a pas que le tourisme qui jubile. Dans le sens Pékin-Genève surtout, l’industrie tout entière devrait en profiter. «Ce vol fera partie de nos dix arguments clés, assure déjà Philippe Monnier, directeur du GGBa (Greater Geneva Bern Area), l’office de promotion économique de Suisse occidentale. Etant donné les contrôles de sécurité de plus en plus fastidieux dans certains aéroports, les vols avec escale sont devenus vraiment contraignants pour les hommes d’affaires.»

Une très bonne nouvelle, qui a véritablement le potentiel pour encourager l’installation d’activités chinoises dans la région, ajoute Philippe Monnier. Sur ce plan, «cela pourrait nous aider à rattraper une partie du retard accumulé par rapport aux Allemands», espère-t-il.

Steve Bernard, directeur de Genève Place Financière, a une autre obligation mardi soir. Mais, promis, il va se dédoubler pour se ­rendre à Cointrin. L’événement est d’importance. «Ce développement contribue à positionner la place économique romande vis-à-vis de l’énorme marché chinois, se réjouit-il. Une ligne directe est un vrai plus dans les relations entre les décideurs des deux pays. Pouvoir rapprocher la puissance financière qu’est également la Chine de la place genevoise facilitera sans doute les opportunités d’affaires. Sans parler du secteur du négoce, qui devrait lui aussi en bénéficier.»

L’Airbus A 320-200 d’Air China est doté d’environ 30 sièges en business class et de 200 places «économiques». La compagnie, qui ouvre à Genève sa 10e destination européenne, fera le voyage quatre fois par semaine. Une fréquence «intéressante, pour un début», juge Bertrand Staempfli. «Très satisfaisant, abonde Philippe Monnier. Air China aurait aussi pu choisir de commencer par un vol par semaine. Son choix comporte certains risques commerciaux pour elle.» Référence à quelques précédents, à destination de l’Europe de l’Est notamment, qui ont échoué après quelques semaines.

Il y en a d’autres qui n’ont même pas démarré. En se posant sur le tarmac de Cointrin, ce soir, l’appareil marquera la fin de plus de cinq ans d’hésitations, de négociations et d’études de marché. Voire plus. En 2007 déjà, «on avait presque coupé le ruban rouge», se souvient Bertrand Staempfli. Mais au dernier moment, Hainan Airlines avait fait marche arrière. Cette fois-ci devrait donc être la bonne, espère, avec une légère pointe de prudence, le porte-parole. En termes stratégiques, en tout cas, ce «pari bien mesuré» a toutes les chances de réussir, ajoute-t-il, avant de conclure en soulignant que plusieurs industriels de la région ont aussi manifesté leur intérêt pour le transport de petites marchandises que rend possible cette liaison directe. De son côté, Steve Bernard espère que ce succès «probable» ­encouragera l’ouverture d’autres voies directes vers des marchés d’avenir, comme le Brésil ou l’Inde. Et d’ajouter: «Afin d’assister ses nombreux secteurs qui dépendent de la demande étrangère, Genève a besoin de renforcer ses liaisons aériennes.»

«Une bonne nouvelle, qui a le potentiel de favoriser l’installation d’activités chinoises dans la région»