Pourquoi certains membres de l'Organisation de développement et de coopération économiques (OCDE), c'est-à-dire les pays industrialisés, sont-ils à la traîne par rapport à d'autres? Plus concrètement, pourquoi le PIB par habitant en France, en Allemagne et en Italie est-il inférieur de 30% au PIB américain, alors qu'ils étaient tous presque au même niveau il y a une vingtaine d'années? Pourquoi la Suisse a-t-elle connu un taux de croissance de seulement 1,8% en 2004 alors qu'il a été de 4,4% aux Etats-Unis?

L'OCDE tente quelques réponses dans une étude intitulée «Réformes économiques – Objectif croissance», publiée mardi. Son économiste en chef, Jean-Philippe Cotis, dresse d'abord un constat qui n'est en somme pas nouveau: «De nombreux signes laissent penser que la convergence économique au sein des pays industrialisés s'est interrompue, voire inversée, depuis le début des années 80. Le rattrapage économique, que l'on croyait automatique, a commencé à s'étioler.» Cette étude décortique les différents éléments qui favorisent ou freinent la croissance. Elle fait enfin une série de recommandations pour chacune des trente économies nationales, en évitant l'écueil de la solution unique pour tous.

L'étude de l'OCDE passe bien sûr l'économie suisse sous la loupe, avant de prescrire six remèdes:

Réduire la présence de l'Etat dans l'économie afin de jouer davantage la concurrence dans les industries de réseau.

Stimuler la concurrence intérieure en réduisant les frais administratifs qui pèsent sur les nouvelles entreprises.

Réduire le soutien à l'agriculture, en particulier les types d'aides qui faussent le plus les échanges.

Poursuivre la libéralisation des services professionnels en levant les obstacles cantonaux à la liberté d'établissement.

Promouvoir la concurrence dans le cadre de la fourniture des produits et services médicaux, pour contenir la hausse des dépenses de santé.

Recentrer les régimes d'invalidité afin d'encourager les personnes ayant une capacité de travail substantielle à exercer une activité, et d'endiguer ainsi l'augmentation de la charge fiscale.

L'étude de l'OCDE a été reçue presque avec soulagement à Berne au sein du Secrétariat d'Etat à l'économie (Seco). «Les champs d'action identifiés dans les recommandations sont sans exception contenus dans le Paquet de croissance présenté par le Conseil fédéral en février 2004», se félicite Aymo Brunetti, chef de la Direction de la politique économique au Seco. Selon lui, certaines de ces mesures font déjà l'objet de messages au parlement et se trouvent actuellement devant les Chambres ou sont en discussion au sein des commissions parlementaires.

Aymo Brunetti reconnaît cependant que les mesures ne seront pas mises en place de sitôt. «Certaines d'entre elles vont être difficiles à réaliser, notamment à cause de la résistance des groupes d'intérêt qui seront perdants à court terme, explique-t-il. A la fin, ce sera au parlement et au peuple de trancher.»