Dans les rues de Genève, il aime toujours «faire le trottoir», comme il dit, même si le temps commence à lui faire défaut. Une manière pour Olivier Nimis de partir à la rencontre des commerçants et d’être à l’affût des changements. «Si vous voulez remettre votre boutique, pensez à moi…» Une carte glissée à gauche, une autre à droite, les rencontres nourrissent les affaires de la PME genevoise qu’il a créée, Remicom, spécialisée dans la remise des commerces et la transmission d’entreprises.

Le Genevois a l’âme d’un patron. Il fait ses premières armes à 18 ans en se lançant avec une boutique dans l’informatique. En 2000, son affaire a grandi, il possède même une usine de production de PC pour la grande distribution, mais il veut remettre sa société. «La gestion du personnel restait mon casse-tête, concède-t-il. Quand j’ai voulu trouver un acquéreur, j’ai constaté que dans ce marché, il n’y avait que des voyous ou des endormis.»

Le dirigeant de bientôt 39 ans est ainsi: «cash» et hyperactif. «Quand vous vendez votre affaire, c’est quand même un échec, vous avez besoin d’être accompagné.» Il ne trouvera pas la confidentialité et le soutien qu’il aurait souhaité à ce moment clé. De ce constat – il cède toutefois son affaire entretemps – germe l’idée de la remise de boutiques et la transmission d’entreprise. Remicom est, depuis 2004, la seconde vie entrepreneuriale d’Olivier Nimis.

«Sur la première année, j’avais déjà décroché 100 objets à proposer.» Très rapidement, il se fait un nom sur ce marché peu structuré, à la frontière floue, entre la fiduciaire et l’agence immobilière. «Je suis arrivé à un quasi-monopole sur les fonds de commerce à Genève», estime-t-il. Au départ, il boude les restaurants, parce qu’il estime le marché peu sain et que les rêves s’y écroulent bien souvent. Aujourd’hui, il aimerait davantage couvrir ce secteur, qui recense un fort potentiel et a renforcé sa petite équipe dans ce sens.

L’année dernière, il a noué un partenariat avec le réseau français Procomm. «Aujourd’hui, 50% des ventes que je fais sont réalisées grâce aux étrangers, aux Français notamment. Je pense que ces derniers ont un accès plus facile aux crédits bancaires et sont plus sensibles au commerce de détail.» Il lance également en 2009 son réseau de franchises, avec des agences à Lausanne, Fribourg, Yverdon, Nyon, Montreux et un bureau dans le Chablais. «Pour couvrir la Suisse romande, la dernière ville qui nous manque est Sion. Nous y serons avant l’été», assure-t-il.

«Boutique de fleurs, quartier de la gare, 99 000 francs, idéal pour première affaire.» Voilà un exemple parmi les 800 objets à disposition sur le site internet de Remicom. Ce nombre devrait continuer à grimper puisqu’Olivier Nimis vise le marché alémanique avant la fin de l’année avec les mêmes cibles: des entreprises de moins de 50 employés et de moins de 10 millions de chiffre d’affaires. «Ensuite, les banques prennent le relais en jouant ce rôle d’intermédiaire», estime-t-il.

Partenariat avec les régies

La crise a également fait un tri, l’euphorie ayant laissé place à des clients de bonne qualité. «Par exemple, un banquier qui s’est retrouvé au chômage ressemble étrangement à l’acquéreur idéal», glisse-t-il. Le site Remicom enregistre près de 1000 visiteurs par jour. «C’est trop, trop de rêveurs, estime encore une fois Olivier Nimis. Pour faire le tri, je conseille mes clients comme si c’était pour moi, c’est ma seule règle.» L’avenir? Remicom a déjà reçu des demandes de master franchise pour l’Italie et la Belgique, mais son patron ne se sent pas encore prêt. «Je dois d’abord terminer l’expansion nationale.»

En revanche, les négociations avec les régies immobilières genevoises, un peu réticentes au départ, portent leurs fruits. «Dès cet été, nous devrions avoir noué un partenariat avec huit régies. Nous mettons sur pied un nouveau produit qui permettra au dentiste (par exemple) de rechercher un local commercial en passant par nous sans devoir multiplier les démarches auprès des régies. Il y a là également un grand potentiel.» Du trottoir, Olivier Nimis monte désormais dans les étages.