Dette

La remontée des taux d’emprunts, épée de Damoclès sur la France

La Banque de France chiffre à 40 milliards l’effet d’une hausse d’un point des intérêts sur la dette d’ici à cinq ans. Pour l’heure, Paris gagne de l’argent en empruntant

La remontée des taux d’emprunt, épée de Damoclès sur la France

Dette La Banquede France chiffre à 40 milliards d’euros l’effet d’une hausse d’un point des intérêts sur la dette d’ici cinq ans

Pour l’heure, Paris gagne de l’argenten empruntant

La remontée des taux européens n’en finit plus de déstabiliser les marchés. Mercredi, le rendement du Bund (emprunt à 10 ans) allemand est ainsi repassé au-dessus de 1% sur le marché secondaire, où s’échange la dette déjà émise. Une première depuis septembre 2014. Jeudi matin, son homologue français, l’OAT, dépassait les 1,3%. Ce n’est pas tant le niveau des taux qui inquiète – il y a deux ans, le taux français était supérieur à 2,5% – que l’ampleur de la remontée: le rendement de l’OAT a quadruplé depuis son plus bas historique de la mi-avril, à 0,34%.

Depuis une semaine, la flambée s’accélère. Elle est en partie imputable aux discussions sur la Grèce, qui ravivent les craintes pour l’avenir de la zone euro. Mais, surtout, aux inquiétudes quant à un changement de politique monétaire de la BCE. Le méga-plan d’achat de dettes d’Etat lancé fin mars par son président, Mario Draghi, afin de soutenir la croissance et de relancer l’inflation, a envoyé les rendements des taux français – comme les allemands, les espagnols ou les italiens – au tapis.

Ceux-ci évoluent en sens inverse de la demande. Certains qu’ils trouveraient en la BCE un acheteur en dernier ressort, les gérants d’actifs et autres hedge funds ont massivement acquis des dettes souveraines, faisant chuter leur rendement. Mais le 2 juin, l’inflation a signé son grand retour en zone euro (+0,3% en mai sur un an). Dès lors, les investisseurs redoutent un arrêt plus rapide que prévu de l’action de la BCE, provoquant un mini-krach obligataire. Et le retour d’une volatilité que les marchés avaient un peu vite oubliée.

Pour l’heure, les observateurs se veulent rassurants. Selon Patrick Jacq, stratégiste chez BNP Paribas, trêve estivale aidant, l’offre d’obligations d’Etat devrait diminuer à partir de juillet, faisant augmenter leur prix, donc baisser leur rendement.

A la BCE, l’heure ne semble pas à l’affolement. «Nous allons devoir nous habituer à une volatilité plus élevée», indiquait Mario Draghi le 3 juin. Reste que sur le moment, cette petite phrase a plutôt été interprétée par les investisseurs comme un aveu d’impuissance de la BCE.

Pour les Etats, et notamment pour la France, cette remontée des taux rapproche l’épée de Damoclès lié au financement de sa dette publique. A 2037,8 milliards d’euros à fin 2014, celle-ci représente 95% du PIB. Et malgré les efforts du gouvernement, rien ne dit qu’elle ne dépassera pas 100% à l’horizon 2017.

Pas de quoi paniquer toutefois. D’abord, parce que seules les émissions de dette réalisées durant la période de taux élevés sont concernées. La maturité moyenne de la dette française étant de sept ans, elle n’a pas été empruntée intégralement aux taux actuels. Au contraire, la France a vécu ces dernières années un recul de ses coûts d’emprunt. Alors que le taux d’émission moyen pour les dettes de deux ans et plus était de 4,13% en 2008, il était tombé à 1,3% en 2014 et plafonne à 0,44% sur les cinq premiers mois de l’année. A court terme, les taux sont même inférieurs à zéro. Autrement dit, la France gagne de l’argent en empruntant. Selon Jean-François Robin, stratège chez Natixis, «40% des 47 émissions de cette année se sont faites à des taux négatifs».

Par ailleurs, «en tant qu’Etat, nous pouvons rembourser le capital arrivant à échéance chaque année avec de la nouvelle dette. Cela nous a rapporté en 2014 plus d’économies que les nouveaux emprunts n’ont créé de surcoût», résume Gilles Carrez, président (Les Républicains) de la Commission des finances de l’Assemblée. Les intérêts de la dette devraient atteindre 44,3 milliards d’euros en 2015, contre 45,3 milliards (hors Sécurité sociale) l’an dernier.

Le gouvernement, lui, reste prudent: dans le projet de loi de finances 2015, le taux moyen des emprunts d’Etat est fixé à 2%. Même une remontée des taux d’encore un point serait donc neutre pour le budget. Cet écart est à l’origine de 1,2 milliard d’euros d’économies sur les 4 milliards réclamés par Bruxelles dans le cadre du Pacte de stabilité.

A moyen terme, une remontée pérenne des taux serait désastreuse. «Une hausse d’un point coûterait 2,4 milliards d’euros la première année et 5,3 milliards la deuxième», indique Gilles Carrez. Christian Noyer, le président de la Banque de France, chiffrait en mai à 40 milliards d’euros l’effet cumulé d’une telle hausse sur l’ensemble de la dette française à un horizon de cinq ans.

Alors que le taux d’émission moyenétait de 4,13% en 2008, il plafonne à 0,44% début 2015

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