Analyse

Les remonte-pentes ne rapportent rien

C’est un problème chronique: les sociétés de remontées mécaniques suisses ont grand peine à générer des bénéfices. Les regroupements de stations ou les fusions entre prestataires d’une même destination semblent être les solutions les plus viables pour sortir de cette impasse

Il ne faut pas s’y tromper. Le Titlis est une exception. Toutes les stations ne peuvent pas se payer Herzog & de Meuron et dépenser 100 millions de francs pour leur arrivée de téléphérique. On parle ici de l’un des endroits les plus visités du pays, avec une fréquentation de plus d’un million de personnes chaque année.

Ailleurs en Suisse, dans les Alpes, les Préalpes et dans le Jura, il y a plus d’une centaine de sociétés de remontées mécaniques qui ne jouent pas dans la même ligue. En 2016-2017, dernier exercice chiffré par les Remontées mécaniques suisses (RMS), les 142 sociétés qui ont participé au recensement ont comptabilisé 21,2 millions de personnes sur leurs installations pour un chiffre d’affaires total de 1,2 milliard de francs. Leur cœur de métier, c’est-à-dire le transport de personnes, a généré 872 millions de francs (70%). Leurs activités annexes, telles la restauration, l’hôtellerie ou la location de matériel, ont rapporté 370 millions (29%).

Le rapport des RMS est riche en informations. Mais il en manque une: la rentabilité. «Nous ne la collectons pas», confirment les RMS, en ajoutant que le secteur est effectivement une activité «avec d’importantes charges fixes».

Une journée à 250 000 francs

C’est le moins que l’on puisse dire. Chaque année, quelque 200 millions de francs sont investis dans les installations de transport ou leur remplacement, selon les RMS. Pourtant, depuis presque dix ans, le nombre de nouvelles constructions est au plus bas. En 2016, aucune nouvelle installation n’a vu le jour.

Par ailleurs, l’exploitation de ce que les RMS définissent comme un «grand domaine skiable» – Gstaad ou Verbier – s’élève à 250 000 francs par jour. Histoire, sans doute, de souligner un désavantage concurrentiel, le rapport des RMS prend la peine de faire la comparaison avec d’autres loisirs: le zoo de Zurich ne dépenserait chaque jour «que» 60 000 francs. Le Musée des transports à Lucerne, 52 000.


Coûts totaux par jour dans un grand domaine skiable:


Cette année, à l’occasion de son 75e anniversaire, le Groupement suisse pour les régions de montagne (SAB) a publié une série de chiffres chronologiques en compilant statistiques historiques et plus récentes. L’un des graphiques présentés est on ne peut plus équivoque.

Dans les années d’après-guerre, en 1945, il n’y a aucune remontée mécanique recensée. Dix ans plus tard, elles sont déjà une centaine. On en compte aujourd’hui environ 600. Durant cette soixantaine années, le chiffre d’affaires total passe de 0 à 1,2 milliard. Côté charges, c’est l’ascenseur. La courbe monte à la même vitesse que celle des revenus. Conclusion: le réseau suisse de téléphérique, télécabines, télésièges, arbalètes et autres assiettes ne dégage aucun bénéfice.

Contacté, Thomas Egger confirme ce problème. Et pour le résoudre, le conseiller national (PDC/VS) et président du SAB a un credo: fusionner pour réaliser des économies d’échelle. Mais se rapprocher vraiment, et pas seulement dans le marketing ou la vente, comme beaucoup l’ont déjà fait. «Avec le val d’Illiez ou la région de Flims-Laax, nous disposons d’exemples qui marchent, qui peuvent en convaincre d’autres de le faire.» Car Thomas Egger le sait bien: les querelles de clocher et autres intérêts particuliers ont freiné et freinent toujours les regroupements entre stations ou entre prestataires d’une même station. Il recommande donc les démarches progressives pour «créer de la confiance entre des concurrents qui deviennent partenaires».

Pas une question de taille

Les grands ensembles seraient donc plus rentables que les petits? Les RMS nuancent: la rentabilité des entreprises de taille moyenne est la moins bonne. Mais, là non plus, ce n’est pas une règle absolue.

En 2017, lorsque le Magic Pass était créé, d’aucuns s’étaient étonnés de voir figurer Crans-Montana dans la liste des 25 stations qui ont pris le pari de s’unir et de casser les prix. Certains disaient y voir «la preuve que la station ne va pas bien». Un an plus tard, Crans-Montana prépare une recapitalisation.

Lire aussi: Les remontées mécaniques de Crans-Montana ont besoin d’argent frais pour survivre

Il ne faut toutefois pas s’y tromper. Ce cas est particulier, parce que ses problèmes financiers sont aussi la conséquence d’opérations qui n’ont que peu de lien avec l’exploitation des pistes de ski. Mais, contrairement au Titlis, Crans-Montana a un point commun avec ses congénères helvétiques: elle a un urgent besoin d’argent frais.

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