Télécoms

Remous chez Sunrise après l’échec du rachat d’UPC

Le rachat qui devait bouleverser le paysage suisse des télécoms n’aura pas lieu. Face à l’opposition de ses actionnaires, Sunrise a abandonné l’acquisition d’UPC. Un des investisseurs demande la démission de Peter Kurer, président de l’opérateur

Annoncée depuis février dernier, l’acquisition d’UPC Suisse par Sunrise a été abandonnée ce mardi. A la suite de cet échec du management de Sunrise, l’actionnaire activiste allemand Active Ownership Capital (AOC) a demandé la démission de son président, Peter Kurer. «Nous considérions que c’était une mauvaise affaire, une opinion apparemment partagée par 60% des actionnaires attendus à l’assemblée générale extraordinaire (AGE). Malgré cela, Sunrise a travaillé sur cet accord les huit derniers mois, en dépensant des millions, particulièrement ces trois derniers mois, alors qu’ils savaient déjà qu’ils n’avaient aucune chance de faire passer le marché, affirme Florian Schuhbauer, cofondateur d’AOC. Quelqu’un doit en prendre la responsabilité, et cette personne, c’est le président.» L’accord entre Sunrise et Liberty Global, maison mère d’UPC, prévoit une indemnité de 50 millions de francs en cas de rupture.

Pour Florian Schuhbauer, cette opération comportait «trop de dyssynergies pour Sunrise», qui se trouve en concurrence directe avec UPC sur certains secteurs. Une situation qui ne justifiait pas le prix d’achat de 6,3 millards de francs, jugé excessif par plusieurs actionnaires. Pour autant, Florian Schuhbauer a réaffirmé le soutien d’AOC à Olaf Swantee, directeur général de Sunrise. «L’entreprise a la capacité d’atteindre un Ebitda [bénéfice avant intérêts, impôts et amortissements] de 750 millions de francs en 2022, ce qui permettrait de verser un dividende de 6,5 francs par action», ajoute-t-il. Mais pour Sunrise, la démission de Peter Kurer n’est pas à l’ordre du jour ont-ils indiqué à l’agence Bloomberg.

Un recul précipité

Les événements se sont rapidement enchaînés mardi jusqu’à cette déclaration de l’actionnaire allemand. Dans la matinée, Olaf Swantee avait confirmé la fin du projet annoncé début 2019. «Dans les deux à trois semaines à venir, il y aura annulation du contrat», a-t-il confié au Temps. Mais plus tôt, l’opérateur avait annoncé, dans un communiqué, l’annulation de l’assemblée générale extraordinaire prévue ce mercredi. Une décision prise en accord avec Liberty Global.

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Dans le communiqué, Peter Kurer, le président du conseil d’administration de Sunrise, indiquait pourtant: «Nous regrettons d’annuler l’AGE. Nous avons consacré énormément de temps à échanger avec l’ensemble de nos actionnaires et demeurons convaincus de la logique stratégique et financière prometteuse de cette acquisition.» Le contrat d’achat d’actions devait demeurer en vigueur, jusqu’au 27 février 2020, «à moins qu’il ne soit résilié par l’une ou l’autre partie».

Un délai technique qui doit en fait permettre à Sunrise et Liberty Global de s’entendre sur les conditions de cette annulation. «Il nous faut un certain temps encore pour discuter avec Liberty Global, c’est pour cette raison que le contrat va rester encore en place pour quelques jours», précise Olaf Swantee.

Un rachat contesté

La cession d’UPC à Sunrise avait reçu le feu vert de la Commission de la concurrence le 26 septembre. Le deuxième opérateur de téléphonie mobile a cependant dû faire face à une opposition de ses actionnaires, menés par le plus important d’entre eux, la société allemande Freenet, détentrice d’un quart des parts. Pour les convaincre, Sunrise avait annoncé le 30 septembre revoir à la baisse l’augmentation de capital destinée à financer le rachat. Le montant de la levée de fonds, qui devait être soumise au vote lors de l’AGE, avait été ramené de 4,1 à 2,8 milliards. L’opérateur avait également dégainé un autre argument: l’entrée à son capital de Liberty Global à hauteur de 500 millions de francs.

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Des annonces qui n’ont pas suffi à convaincre les actionnaires. «Jusqu’au dernier week-end, il était très difficile d’estimer où se situait la majorité, c’est pour cela que nous avons pris la décision d’annuler l’assemblée générale, détaille Olaf Swantee. Depuis l’avis négatif du cabinet ISS sur l’augmentation du capital, nous avons observé des changements dans les tendances de vote.» Cette décision doit permettre selon le patron de Sunrise de revenir à leur «stratégie de cavalier seul».

L’ensemble de ces annonces a tout de même eu un effet positif sur le cours de l’action Sunrise, qui était en hausse de 2,5% à 79,55 francs à la clôture de la bourse suisse.

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