«Je suis fier de travailler depuis 37 ans pour Credit Suisse. Je suis fier que nous soyons parvenus avec une équipe extraordinaire à atteindre des résultats extraordinaires», a déclaré Hans-Ulrich Doerig en ouverture de l’assemblée générale de la banque ce matin à Zurich. Dans une ambiance très calme, beaucoup plus que celle de la dernière assemblée générale d’UBS, les quelque 2394 actionnaires présents au Hallenstadion de Zurich, à peine plus que l’an dernier, ont eu l’occasion d’écouter deux longs discours d’introduction du président du conseil d’administration de Credit Suisse, puis de son directeur Brady Dougan.

Pas d’aide de l’Etat

Hans-Ulrich Doerig s’est gardé d’aborder directement le sujet le plus controversé de l’assemblée générale de la banque, celui des bonus records attribués pour l’exercice 2009, et le plan de rémunération à long terme «PIP», qui, ensemble, ont rapporté près de 90 millions de francs à son directeur Brady Dougan. Hans-Ulrich Doerig a surtout évoqué la solidité du bilan de la banque, l’occasion pour lui de rappeler qu’elle n’a jamais dû recourir à l’aide de l’Etat depuis sa création en 1856. Sur le plan politique, il a rappelé que le modèle d’affaires de la banque est axé uniquement sur l’argent déclaré. Pour autant, les banques ne doivent pas devenir une annexe des autorités fiscales, a-t-il souligné. Selon le président de Credit Suisse, le projet d’impôt libératoire à la source (Rubik), combiné avec une amnistie fiscale ou une pénalité, serait une solution «généreuse, efficace et rapide». Elle permettrait de résoudre le problème des avoirs déposés de longue date en Suisse par les clients étrangers.

De son côté, Brady Dougan a admis que la question des rémunérations était un sujet «très controversé». «Nous avons tenté de trouver un juste équilibre entre l’octroi de rémunérations compétitives à nos employés, la prise en compte de ce qui est juste pour nos actionnaires et la nécessité de répondre de manière appropriée aux soucis des milieux politiques et du public», a-t-il justifié. Avant d’ajouter que «la rémunération n’était bien sûr pas le seul facteur de motivation pour le personnel». Et d’évoquer d’autres atouts comme l’état d’esprit qui règne dans la banque, la marge de manœuvre accordée aux employés et le respect des individus.

Pluie de critiques

Changement de ton avec les premières interventions d’actionnaires. On retrouve en partie les mêmes intervenants que lors de l’assemblée générale d’UBS. Dans une courte intervention, Dominique Biedermann, le directeur de la fondation Ethos, s’en est pris au nouveau modèle de rémunération baptisé «SISU» qui selon ses propres calculs pourrait rapporter jusqu’à 1 milliard de francs à la direction. De son côté, René Zeyer, représentant de l’association qui défend les victimes de la faillite de Lehman, ne s’en est pas pris au bonus de Brady Dougan mais avant tout à l’absence de dédommagements suffisants accordés aux clients de la banque qui ont perdu de l’argent à cause de produits distribués par Credit Suisse. «Ayez honte», s’est-il exclamé en s’adressant au directeur de la banque. Et de demander que 10% des 3 milliards de francs de bonus supplémentaires accordé aux cadres de Credit Suisse soit reversé aux victimes de la faillite de Lehman. «Plutôt que de vous acheter un yacht, achetez-vous une bonne conscience», a-t-il ajouté. Applaudissements dans la salle! Une vingtaine d’intervenants se sont annoncés pour prendre la parole dans une assemblée générale toujours plus animée. Les votes sur les points à l’ordre du jour ne débuteront probablement pas avant le milieu d’après-midi.