– Le Temps: Lors de l’Assemblée générale de vendredi, Credit Suisse affrontera les critiques de nombreux actionnaires contre son rapport de rémunération. Outre Ethos, les sociétés de conseil américaines RiskMetrics et Glass Lewis y sont aussi opposées. Vous attendiez-vous à une telle levée de boucliers? - Hans-Ulrich Doerig: Beaucoup de gens ne considèrent pas la problématique des rémunérations dans sa totalité. Credit Suisse a été pionnier dans l’établissement de nouveaux programmes de rémunération. Nous avons par exemple été les premiers à introduire un système de rémunération comprenant un mécanisme de «clawback», à savoir la possibilité de pouvoir récupérer des montants si la performance requise n’est pas atteinte. La rémunération est liée à la performance et ce n’est que si les résultats sont bons durant plusieurs exercices que ces instruments récompensent les collaborateurs.

– Comprenez-vous néanmoins les critiques envers les bonus records versés récemment par Credit Suisse, notamment les 71 millions attribués à Brady Dougan grâce au programme de rémunération à long terme «PIP 1»? - Je comprends cette irritation. Mais Credit Suisse doit à la fois tenir compte de la sensibilité nationale et préserver sa compétitivité à l’internationale. Et il faut aussi se rappeler que «PIP 1» a été établi en 2005, dans un environnement complètement différent. Au lieu de bénéficier de bonus en cash, nos cadres ont dû accepter un programme de rémunération bloqué sur cinq ans. Après cinq ans, ils ont pu réaliser un gain important parce que Credit Suisse avait mieux travaillé que les banques concurrentes.

– Patrick Odier, directeur de l’ASB, déclarait dans la presse dominicale qu’il ne croyait plus à l’autorégulation en matière de rémunération. Lundi, le PLR suisse a recommandé aux actionnaires de rejeter le rapport de rémunération. Selon le parti, les salaires records de quelques grands groupes, comme les 70 millions attribués au directeur de Credit Suisse, n’ont plus aucun rapport avec le travail réalisé ou le risque pris. Ces critiques, qui émanent de représentants de l’économie, peuvent-elles être simplement ignorées? - Non, nous ne pouvons pas les ignorer. En revanche, ces voix critiques doivent reconnaître tout le travail qui a déjà été réalisé. Credit Suisse a été la première banque au monde à adopter les règles du G20, la première au monde également à avoir adopté un système de «clawback». Nos programmes de rémunération sont conçus pour récompenser les prestations à long terme. C’est le point qui sera traité à l’Assemblée générale. Il n’y aura pas de vote concernant le plan PIP. Ce dernier remonte à 2005 et a, comme je l’ai déjà dit, produit d’excellents résultats en comparaison avec la concurrence. Les actionnaires en ont également profité. Enfin, comparé à d’autres établissements, Credit Suisse jouit du meilleur niveau de fonds propres. Pour toutes ces raisons, j’ai de la peine à comprendre les critiques du PLR.

– Vous citez souvent l’argument de la compétitivité internationale. En termes de rémunération, Credit Suisse bat tous les records: Brady Dougan a reçu un bonus de 17,9 millions de francs pour la seule année 2009, contre 9 millions de dollars pour Lloyd Blankfein, le directeur de Goldman Sachs, et au même niveau que les 17 millions pour Jamie Dimon, patron de JP Morgan. S’y ajoutent encore pour Brady Dougan plus de 71 millions découlant du programme «PIP 1»… - Nous avons comparé la fortune accumulée par les cadres de Credit Suisse avec celle d’autres établissements. Je peux vous assurer que les dirigeants de Goldman Sachs et de nombreuses autres banques américaines ont gagné nettement plus que ceux de Credit Suisse durant les cinq à six dernières années. Sur cette période, Credit Suisse se situe dans le milieu de classement des instituts comparables. Les montants attribués pour l’année 2009, plus les résultats du programme PIP, donnent une fausse image de la situation d’ensemble.