Il existe plusieurs manières d’appréhender les salaires des dirigeants d’entreprises. Selon leur montant absolu, ou d’après leur composition. A la suite de la crise financière, les pressions émanant des instances de régulation sur le plan international, puis celles induites en Suisse par l’acceptation de l’initiative Minder contre les rémunérations abusives ou encore l’influence exercée par les sociétés qui donnent des consignes de vote en vue des assemblées générales («proxy advisors») ont modifié en profondeur la manière dont les sociétés rétribuent leurs dirigeants. Et cela même si la mise en œuvre de l’initiative Minder n’a pas entraîné une baisse généralisée de la rémunération des dirigeants des grandes entreprises.

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Malgré tout, un net changement de cap peut être constaté dans l’industrie financière entre la période allant jusqu’à 2008 et celle des années après crise des «subprime». Ainsi, alors que la part des rémunérations variables atteignait en moyenne plus de 60% du salaire fixe avant la crise – avec un pic qui a même atteint 80% en 2008 –, cette proportion est redescendue aux alentours de 20% à partir de 2009, pour ne plus remonter que faiblement ensuite, indique une analyse présentée jeudi à Zurich par le cabinet de conseil Hostettler & Company (HCM).

Son analyse repose sur les données fournies par 80 banques en Suisse, cotées en bourse ou non. «Il y a eu un net ralentissement de la croissance des rémunérations variables dans la période qui a suivi la crise financière», a résumé Axel May, partenaire senior chez HCM et spécialiste des questions liées aux rémunérations.

Des délais allant jusqu’à quatre ou cinq ans

Autre observation: les rémunérations sont désormais exposées à davantage de «risques» pour ceux qui en bénéficient. Ainsi, les délais d’attente de l’ordre de deux à trois ans qui prévalaient avant la crise se sont allongés jusqu’à quatre ou cinq ans. De plus, les programmes de rémunérations octroyées sur le long terme sont toujours plus souvent versés sous la forme d’actions qu’en cash.

Les salaires fixes seront sous pression

Parallèlement à la baisse des rémunérations variables, les entreprises du secteur financier ont toutefois largement augmenté le montant des salaires fixes octroyés à leurs dirigeants au moment de la crise financière. Les salaires fixes ont crû d’environ 130% entre 2003 et 2008, pour ne plus vraiment redescendre ensuite. «Compte tenu des changements en profondeur observés dans le secteur financier, on peut supposer que les rémunérations dans leur ensemble, et dans le cas présent aussi les salaires fixes, seront également sous pression», anticipe Axel May.

De plus, il faut s’attendre à la mise en place de procédures permettant de récupérer les bonis déjà attribués («clawback»). Un peu à l’image de Deutsche Bank, dont le conseil de surveillance avait indiqué en novembre dernier vouloir récupérer les bonus de ses anciens dirigeants, parmi lesquels figuraient notamment Anshu Jain et Joseph Ackermann.