Histoire

La renaissance de Bobst, racontée par son président

Comment le leader mondial des machines d’emballage a remonté la pente après la crise de 2009. Les explications de son président Alain Guttmann, invité à Genève par la chambre franco-suisse de commerce et d’industrie

Comme beaucoup d’autres entreprises, Bobst a connu un sérieux passage à vide il y a huit ans. Le chiffre d’affaires annuel du groupe vaudois, leader mondial des machines d’emballage industriel, a dégringolé de 1,6 à 1 milliard de francs. «Nos marges étant d’environ 35%, cela a représenté – pour la première fois dans notre histoire – une perte de 180 millions de francs», résume Alain Guttmann, président du Conseil d’administration de la multinationale employant aujourd’hui près de 5000 personnes dans le monde, contre 5700 en 2013.

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Ce sont en premier lieu les liquidités qui ont permis de réinventer l’entreprise qui figure parmi les fleurons de l’industrie helvétique. «En plus de notre propre «cash», nous avons pu lever rapidement 250 millions de francs grâce aux marchés financiers, vu que nous sommes cotés», témoigne Alain Guttmann, invité à Genève ce mardi par la CCIFS, le premier réseau d’affaires franco-suisse. Commence alors une lourde restructuration, jusqu’en 2011.

Bobst emploie à l’époque 2500 salariés – contre à présent moins de 2000 – en Suisse. «Près de 70% de nos coûts se trouvaient alors sur le territoire helvétique [ndlr: effectifs répartis entre les usines de Prilly et de Mex]», rappelle le responsable. Parmi les mesures de redressement: une réorganisation complète de l’outil et de l’effort de production, pour produire sur commande et non plus en série. «Aujourd’hui, nous ne fabriquons plus aucune machine sans qu’un client – ayant généralement payé un acompte – n’en ait fait la demande», se félicite Alain Guttmann.

La Suisse, trois fois plus chère

Conséquence: Bobst a depuis fait fondre ses stocks de 450 millions un peu plus de 200 millions de francs. «Nous avons ainsi dégagé quelque 250 millions de francs de liquidités, ce qui est énorme», estime le président du groupe. Autre défi, toujours d’actualité: un opérateur dans le canton de Vaud gagne quelque 27 francs de l’heure, contre 8 francs dans une usine en Allemagne. «L’écart est gigantesque, souligne Alain Guttmannn. Un dirigeant est normalement habitué à faire du réglage fin, pour gagner 5% par ici ou 10% par là. Dans ce cas précis, il s’agit de réduire de trois fois cet écart!»

Pour se sortir de l’ornière, Bobst abandonne son site à Prilly (VD), pour se concentrer uniquement sur celui de Mex (VD). «Après avoir déménagé quelque 360 machines de production, sans rupture de fabrication, nous avons continué à investir, soit au total 160 millions de francs», précise Alain Guttmann. Selon la répartition suivante: 110 millions pour les infrastructures et 50 millions pour moderniser l’outil industriel.

Le salut dans l’innovation

Dans la foulée, le groupe décide de créer une division 100% dédiée au service. «Nous sommes allés tellement loin dans cette dynamique qu’aujourd’hui, avec l’aide des nouvelles technologies, nos machines à l’étranger peuvent être pilotées depuis la Suisse, via entre autres des lunettes spéciales permettant le contrôle à distance. En termes de maintenance, cela nous permet de régler certaines pannes en une heure, contre plusieurs jours auparavant», relève Alain Guttmann.

Bilan de cette traversée du désert: Bobst dégage à présent un résultat d’exploitation de 100 millions de francs par an. Et investit plus de 10 millions par année, directement dans la recherche liée à l’impression numérique. «Notre stratégie consiste à intégrer les multiples technologies disponibles, à travers notamment des partenariats, voire de futures acquisitions», conclut le président du groupe qui dit consacrer au total jusqu’à 7% de son chiffre d’affaires à la recherche et au développement, soit environ 80 millions de francs par an. Ce montant, assure Alain Guttmann, est au trois-quarts destiné à de l’innovation engendrée en Suisse.

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