A l'instigation de Kirk Kerkorian, l'un des principaux actionnaires de General Motors via sa société d'investissement Tracinda (9,9% de GM), l'hypothèse du mariage du siècle dans l'automobile commence à prendre corps. Renault et Nissan ne se seraient pas opposés au projet d'ouvrir leur alliance à GM. Selon des rumeurs de presse, les deux sociétés - liées depuis 1999 par des participations respectives de 44% et 15% - pourraient acquérir chacune 10% du numéro un mondial.

Nissan a été le premier à réagir à la missive transmise vendredi par Kirk Kerkorian aux trois constructeurs. Les Nippons ont indiqué lundi être favorable à «des discussions exploratoires concernant une alliance potentielle, sous condition que GM soutienne [...] la proposition de ses actionnaires». Pour mener les pourparlers, Nissan délègue les pouvoirs nécessaires à son président, Carlos Ghosn. De son côté, le conseil d'administration de la marque au losange a jugé que des discussions avec General Motors sur une éventuelle alliance «pourraient être engagées» si l'américain le propose.

Pour la communauté financière, ce mariage équivaudrait à une somme d'opportunités mais aussi de risques. Chevreux estime que cette union «renforcerait la puissance de feu de l'alliance en recherche et développement à une époque où l'industrie est confrontée à de considérables défis technologiques», tels que la nécessité de s'adapter à la cherté du pétrole et aux contraintes en matière d'émissions polluantes. Pour le reste, les analystes ne dissimulaient pas leur scepticisme: «Les difficultés de GM en Amérique du Nord sont liées au chiffre d'affaires et à des problèmes de marque, pour lesquels ni Nissan ni Renault ne peuvent aider», jugeait ainsi Deutsche Bank, citée par l'AFP. En tout état de cause, selon Chevreux, l'opération serait «contraire aux intérêts des actionnaires de Renault au moins pour les trois années à venir», notamment en raison des répercussions qu'elle aurait sur l'emploi du temps de son patron.

Car l'enjeu du mariage esquissé par Kirk Kerkorian serait une affaire d'homme, bien plus qu'une question de synergies ou de coopération, estime Morgan Stanley. Une manière pour le milliardaire frustré par les difficultés de Rick Wagoner, le patron de GM, à redresser la barre, de faire monter la pression. Le géant de Detroit a encore vu ses ventes baisser de 26% sur un an en juin. Pour la banque, «Carlos Ghosn est un agent de changement. Il a fait des choses au Japon que personne n'aurait jugées possibles. GM a besoin de management, de produit et de direction [...]. Si l'opportunité en était donnée, le marché réagirait positivement à la présentation par Carlos Ghosn de sa vision d'un redressement de GM.»