«La performance de gestion des clients avec mandats équilibrés et basés en francs suisses est comprise entre 1,5% et 2,5% à ce jour en 2015», a déclaré Pierre-Alain Wavre, président du comité d’investissement au sein de Pictet Wealth Management. La monnaie de référence définit grandement le rendement, explique-t-il. Le client avec un portefeuille équilibré en euros a d’ailleurs gagné 6 à 8%. «Mieux vaut parler de faiblesse de l’euro que de franc fort», ajoute le gérant qui a participé au développement du département family offices au sein de la banque privée.

Le banquier appartient à une branche florissante. La gestion de fortune suisse détient 25% de la gestion transfrontalière, soit 2400 milliards de dollars (fin 2014), selon l’étude de Swissbanking, publiée jeudi. Le secteur bancaire suisse gère 6656 milliards de francs au total, dont 51% proviennent de l’étranger.

Dans un contexte difficile au plan géopolitique, réglementaire, monétaire et économique, en 2015, les rendements ne sont pourtant pas élevés sur ces actifs.

«Notre performance est globalement en ligne avec nos indices de référence. Nous profitons du fait de ne pas avoir réduit notre exposition en actions lors de la nervosité des marchés cet été, dans le sillage de la correction en Chine», selon Pierre-Alain Wavre.

La performance des clients a longtemps été un tabou. Et elle le reste. De nombreux instituts refusent d’ailleurs de livrer ce type de renseignements. Surtout lorsque l’année n’a pas été bonne. Le rendement n’est pas unique et précis parce qu’il est fonction du type de gestion, à travers des fonds de placement ou des placements directs, des ETF ou des fonds actifs et des restrictions géographiques.

Dans certains établissements, la performance est négative. Elle est de -0,99% au sein de Vontobel pour un portefeuille «conservateur», en raison d’un effet de change négatif de 0,74%, indique la banque. Pour un portefeuille «équilibré», le rendement est négatif de 0,4% «principalement à cause de la décision de la BNS de supprimer le cours plancher. Et il est positif de 0,19% pour un portefeuille «croissance», grâce à la contribution positive des actions des pays industrialisés. A Genève, Jean-Sylvain Perrig, responsable de la stratégie auprès d’UBP, indique que la performance du fonds de stratégie interne balancé en francs suisses a atteint 1,9% en 2015.

Au sein d’UBS, les investissements à ce jour, avec un profil de risque plutôt conservateur (stratégie en CHF avec une pondération actuelle de 12% en actions) ont donné les performances brutes suivantes: Rendement (1.1.-30.10.2015) 0,0%. La grande banque précise que le rendement annualisé sur 3 ans s’est élevé à 3,4%.

Avec un profil de risque plus agressif (stratégie en CHF avec une pondération actuelle de 64% en actions), les performances brutes sont légèrement supérieures: Rendement (1.1.-30.10.2015): + 0,1%. Le rendement annualisé sur 3 ans atteint +8,1%.

Jusqu’ici, sur l’année 2015, les moteurs de performance positifs ont été constitués par les actions de l’Eurozone et de la Suisse (à noter que la majorité des actions sélectionnées par UBS a dépassé les indices de référence). Les moteurs négatifs proviennent des actions des marchés émergents et des obligations d’entreprises en EUR.

D’une manière générale, à l’inverse d’autres instituts, UBS note peu d’influence des monnaies. Mais il convient de préciser que, chez elle, beaucoup de portefeuilles (par exemple les Mandats de gestion de fortune Suisse) ont une couverture monétaire quasiment complète (hedge).

La performance des obligations en francs a été également bien maigre dans les banques de gestion. Elle et s’est située entre 0 et 1% et comme celle des obligations en monnaies étrangères, puisque celle-ci a été mangée par le coût d’environ 1% de la protection des changes, explique un gérant.

«Pour un compte équilibré EUR, le dollar a été le principal moteur de la performance ainsi que les actions alors que la contribution des obligations reste faible», résume Pierre-Alain Wavre. Un regret par rapport aux décisions de gestion en 2015? «S’il devait en avoir une, cela aurait été de ne pas avoir assez privilégié la monnaie américaine», explique Pictet. Au sein de la banque genevoise, un portefeuille équilibré en francs suisses comprend actuellement 45% d’actions, 28% d’obligations, 17% de placements alternatifs (hedge funds), 10% de liquidités. «La dernière décision tactique a consisté à profiter de la hausse des actions pour réduire quelque peu leur exposition, selon la banque.

A l’aube de 2016, Pierre-Alain Wavre s’attend à «une poursuite de la tendance à la fermeté du dollar». La politique des banques centrales demeure l’un des principaux facteurs qui détermineront la tendance. Le responsable félicite les banquiers centraux pour leur politique, «laquelle a grandement facilité la reprise». L’expert est d’avis que «si la Fed s’apprête à procéder à son premier relèvement des taux directeurs, sans doute en décembre, la BCE devrait accélérer son programme de rachats de titres» selon le directeur. Pour sa part, le franc devrait «continuer de s’affaiblir en 2016», indique-t-il. Chez UBP, l’expert recommande «une exposition au dollar américain, lequel devrait poursuivre sa tendance haussière même s’il est déjà cher (15%). En effet, le flux et les politiques monétaires jouent en faveur du dollar. L’Euro est faiblement représenté (5%).

Les actions ont «très fortement profité de leurs décisions ces trois dernières années», explique le banquier. «Mais soyons prudents! Nous nous approchons de la fin de l’expansion des multiples de bénéfices», avance Pictet.

Les obligations devraient pâtir de la lente normalisation des marchés obligataires. «Nous avons des obligations du Trésor américain à des fins de protection des portefeuilles en cas d’accident. Nous avons aussi des obligations d’entreprises, mais très peu en raison du manque de liquidité de ces marchés».

UBP prévoit, comme le consensus, une croissance mondiale modérée, avec des perspectives positives sur les pays développés. Tandis que la BCE va augmenter son soutien à l’économie, la BNS va également encore baisser ses taux, selon le directeur des investissements. A l’opposé, la visibilité pourrait rester faible sur les actifs des marchés émergents, avec des risques baissiers.

En ce qui concerne les actions, UBP s’attend à un rally de fin d’année car les attentes de croissance sont faibles. «Si le rally de fin d’année se matérialise, nous réduirons la pondération en actions afin de prendre les profits», explique le stratège.. UBP demeure surpondérée sur les marchés suisses et européens. Les évaluations sont correctes et surtout les rendements aux dividendes sont élevés (plus de 3%) par rapport aux très bas taux des obligations, juge la banque. Aux Etats-Unis, elle privilégie les titres «croissance». L’innovation et les nouvelles formes d’activités économiques (IT, santé, consommation discrétionnaire) devraient générer une croissance supérieure, et justifier une prime additionnelle sur le marché.

En ce qui concerne la partie obligataire des portefeuilles en CHF, la stratégie d’UBP est investie principalement sur le marché obligataire américain (préférence au crédit «corporate investment grade»), et la monnaie est hedgée. «Il est ainsi possible d’espérer un rendement positif en 2016, même si les taux remontent un peu», explique le banquier. Il apprécie également le «haut rendement global» au travers des CDS, ainsi que les convertibles (toujours hedgé), mais il préfère éviter les obligations émergentes à l’heure actuelle.

Nous recommandons une exposition au dollar américain qui devrait poursuivre sa tendance haussière même s’il est déjà cher (15%). En effet, le flux et les politiques monétaires jouent en faveur du dollar. L’Euro est faiblement représenté (5%).