Contrôle d’identité

Rendre les billetteries plus sûres grâce à la blockchain

La blockchain peut limiter le marché noir et les fraudes tout en renforçant la sécurité, en permettant de connaître tous les participants à un événement comme un match de football. L’UEFA l’a utilisée pour plusieurs rencontres de haut niveau

La blockchain, que l’on peut voir comme une nouvelle forme de connexion entre les individus, va révolutionner l’économie et la société. A l’occasion d’un congrès* organisé à Palexpo en janvier, dont «Le Temps» est partenaire, les enjeux de cette technologie seront décryptés.

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La blockchain n’est pas qu’une affaire de finance ou d’experts des cryptomonnaies. Elle peut aussi avoir des applications concrètes: rendre les billetteries de concerts, de matchs de football ou de festivals plus sûres, par exemple. Car ces dernières font face à un problème aussi vieux que leur existence: le marché noir et la fraude.

Le Paléo Festival a tenté l’expérience lors de son édition de l’été 2017. Grâce à un projet pilote lancé avec SecuTix, l’organisateur du festival nyonnais a voulu tester le processus d’émission, de transfert et d’activation des billets à partir d’une application mobile fondée sur la blockchain. Le test concernait des fournisseurs, c’est-à-dire des exploitants de stands privés, qui pouvaient distribuer des billets à leurs employés. Et cet essai a fonctionné, assure Marc Mazzariol, vice-président produits de SecuTix, une société spécialisée dans les logiciels de billetteries en ligne appartenant à l’entreprise informatique vaudoise Elca*.

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Si le Paléo Festival n’a pas encore reconduit l’expérience, d’autres organisateurs d’événements se sont intéressés aux solutions liées à la blockchain. «Il s’agit de grands concerts ou de rencontres sportives en particulier», cite Marc Mazzariol. Car ce sont eux qui sont le plus directement concernés par les problèmes liés au marché noir. «Chaque fois que la demande dépasse l’offre, il y a un risque que des billets soient achetés puis revendus beaucoup plus cher», poursuit-il.

La numérisation de cette industrie a certes permis d’acheter un ticket en ligne et de visualiser sa place dans le stade ou la salle de concert, mais elle a aussi démultiplié les capacités du marché noir. «Avant, quelques individus achetaient quelques billets physiques et gagnaient quelques francs en les revendant. Maintenant, des robots acquièrent parfois une part significative des places et les cèdent sur des plateformes très efficaces à des prix bien plus élevés», poursuit le spécialiste. Le risque étant que le football perde son côté populaire, ne pouvant attirer que les spectateurs capables de payer leur billet au prix fort.

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Billet unique

Avec la solution conçue par SecuTix, le client doit s’identifier avec son numéro de téléphone pour acheter un billet. Il reçoit un SMS qui lui permet de télécharger une application et d’accéder à son sésame. Il peut le revendre ou le transmettre à un autre numéro de téléphone, mais pas le multiplier, tout étant enregistré sur la blockchain. Comme un bitcoin, le billet peut être transféré, mais pas reproduit comme le serait un ticket reçu en format PDF et imprimé à plusieurs reprises.

L’organisateur garde ainsi la trace du billet et peut savoir qui se rendra, in fine, à son événement. Ce qui résout un problème identifié plus récemment, celui de la sécurité: des matchs ou des concerts peuvent accueillir des dizaines de milliers de participants sans savoir qui ils sont.

L’UEFA, qui gère le football au niveau européen, s’est également laissé tenter par une solution liée à la blockchain cet été, pour plusieurs événements, dont la Supercoupe entre le Real Madrid et l’Atlético de Madrid, organisée en août à Tallinn, en Estonie. Pour ce match, l’ensemble des billets a été vendu via une application nécessitant un smartphone Apple ou Android. Des essais avaient déjà eu lieu pour d’autres grands rendez-vous du foot européen, comme la finale de l’Europa League entre l’Atlético et Marseille. Pour ce match organisé en mai dernier à Lyon, la moitié des tickets avaient été distribués grâce à cette nouvelle technologie.

Il n’y a pas qu’en Suisse que des acteurs veulent marier la technologie blockchain à l’organisation d’événements. En Grande-Bretagne, deux diplômés de l’Imperial College de Londres, Annika Monari et Alan Vey, ont créé un protocole appelé Aventus pour arriver au même résultat. De même, aux Pays-Bas, la start-up Guts travaille aussi sur un modèle similaire, dont le but premier est d’éviter les arnaques et les prix de revente stratosphériques. Aux Etats-Unis également, la start-up Upgraded s’est lancée en 2016 sur le même créneau, avant d’être rachetée par le géant de la billetterie Ticketmaster/Live Nation le 18 octobre dernier.


* Le patron d’Elca participera au Geneva Annual Blockchain Congress, organisé le 21 janvier 2019 à Palexpo, en partenariat avec «Le Temps», www.genevablockchaincongress.com

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