Acteur historique et engagé de la «guerre des changes» (course à l’affaiblissement de sa monnaie), la Chine a-t-elle déposé les armes comme sembleraient l’indiquer la vigueur de sa monnaie et sa tolérance, sinon son encouragement par Pékin? La Chine, qui voit dans le yuan fort un rempart contre l’inflation, a récemment tancé le Japon pour sa politique de baisse du yen jugée irresponsable. La devise chinoise, qui a évolué autour de 6,80 yuans par dollar entre 2008 et 2010, a depuis amorcé une phase d’appréciation progressive où le billet vert ne vaut plus aujourd’hui que 6,21 yuans. Le dollar a atteint hier 6,2095 yuans, son plus bas depuis 1993.

Ces quatre dernières années, le taux de change réel du yuan a gagné en moyenne près de 2% par an contre 6% entre 2005 et 2008. Bilan, après cette longue remontée, «le yuan est aujourd’hui bien plus proche de sa valeur d’équilibre que par le passé», estiment les économistes de HSBC.

En outre, «la marge de manœuvre des autorités chinoises pour faire baisser leur devise par le biais du fixing est limitée, car ce dernier a tendance à suivre le cours au comptant de la devise chinoise plus qu’à le devancer. C’est notamment le cas depuis l’élargissement de la bande de fluctuations journalières entre le yuan et le dollar et décidée en avril (passée de 0,5% à 1%)», expliquent les stratèges de Deutsche Bank.

La hausse des prixdevrait dépasser les 4%

Cette année, le consensus des économistes parie sur une poursuite du mouvement de hausse du yuan. Selon lui, le dollar vaudra 6,16 yuans fin septembre et 6,13 trois mois plus tard. «La progression du yuan devrait se poursuivre sous l’effet de facteurs comme le maintien d’un excédent courant confortable et du rythme des afflux de capitaux en Chine. Toutefois dans un environnement caractérisé par la vigueur du billet vert, la hausse de la devise chinoise ne sera que très graduelle et modeste, avec une hausse de près de 2% du yuan par rapport au dollar en 2013», note la banque Barclays.

A la mi-avril, le pays va donner ses premières estimations de l’évolution de son produit intérieur brut au 1er trimestre. A la différence du consensus qui s’attend à une croissance soutenue cette année – supérieure à 8% en rythme annuel –, la banque Nomura parie sur son essoufflement au second semestre à 7,2%, contre 8,1% durant la première partie de l’année. Dans le même temps, l’inflation devrait accélérer à plus de 4% au second semestre, incitant la banque centrale chinoise à durcir par deux fois sa politique monétaire. Un yuan fort permettrait peut-être d’éviter un tel geste pour brider les tensions inflationnistes en Chine.