La chronique des changes

Le renminbi, principale inconnue parmi les grandes monnaies

La semaine dernière, le Département américain du Trésor a publié son rapport semestriel sur les monnaies, l’occasion pour lui de commenter – et critiquer – les mesures monétaires et politiques qui influent sur les monnaies dans le monde. L’accusation redoutée par les gouvernements étrangers est celle de «manipulation de devises», pouvant entraîner des tensions commerciales et politiques. Un exercice plutôt hypocrite lorsque l’on se souvient que les Etats-Unis ont eux-mêmes été coupables d’une gigantesque manipulation monétaire suite à la crise financière mondiale, lançant à trois reprises des bordées d’assouplissement quantitatif ayant brusquement affaibli le dollar (ce qui, ironiquement, a fini par contribuer à la récente remontée du billet vert, les marchés émergents engrangeant près de 6000 milliards d’emprunts libellés dans cette monnaie).

Si cette fois-ci le rapport ne blâme explicitement aucun pays, certains ont tout de même été accusés à demi-mot de ne pas faire assez pour stabiliser leur trajectoire. La zone euro a ainsi été largement critiquée pour ne pas encourager davantage la demande par des mesures budgétaires; l’Allemagne notamment s’y démarque par la faiblesse de sa consommation intérieure, n’assumant pas sa juste part de la demande mondiale, et surtout européenne. Quant au Japon, il se fierait excessivement à sa politique monétaire. Une critique qui pourrait freiner la Banque du Japon dans son recours à la planche à billets ces prochains mois (le pays venant de retomber en déflation).

Le rapport a surtout critiqué la Chine pour avoir maintenu le renminbi sous-évalué, malgré sa vigueur remarquable tout au long de l’année passée; il n’a perdu que quelques points contre un dollar très solide, tout en s’appréciant de plus de 20% face à l’euro sur les dix derniers mois (12% en pondérant les échanges commerciaux). Face à un système financier chinois qui se retrouve confronté à d’immenses pressions tandis que se dégonfle la plus grosse bulle immobilière du monde, l’orientation que prendra la Chine sera décisive. Or, on ne discerne que très difficilement ce qui se passe.

La Chine annonçait hier qu’en mars, son excédent commercial était inférieur de 37 milliards de dollars par rapport aux attentes. Pourquoi dans ce cas ne laisse-t-elle pas sa monnaie s’affaiblir? Craint-elle des fuites de capitaux? Les dernières données relatives aux réserves de devises viennent de paraître, elles nous diront peut-être si la pression augmente en faveur de l’affaiblissement du renminbi. Les réserves de devises chinoises ont quelque peu diminué par rapport à leurs sommets de l’an passé; néanmoins, comme elles sont publiées en dollars, cela pourrait bien s’expliquer par les seuls effets de change. La situation des monnaies dans le monde s’échauffe déjà en ce début d’année; si les Chinois permettent au renminbi de s’affaiblir, les secousses ne feront que s’accentuer.

* Analyste et stratège en devises auprès de Saxo Bank