Deux chercheurs en psychologie du travail viennent de créer à Rennes, en France, une start-up d'un nouveau genre, qui se propose d'aider les décideurs et leurs salariés à mieux gérer leur quotidien, pour que le «distress» (mauvais stress) devienne un «eustress» (bon stress).

Les concepteurs d'«Exo. Stress», une «jeune pousse» en incubation depuis fin janvier à l'Université de Rennes-2, entendent proposer aux employeurs des outils scientifiques de mesure et de lutte contre les phénomènes de tensions nerveuses sur les lieux de travail.

«Les relaxologues et les sophrologues font de la gestion de stress et ont une approche individuelle du phénomène», explique Christophe Gadéa, 28 ans, qui prépare un doctorat au sein du Laboratoire universitaire de recherche et d'études en psychologie sociale (Laureps) de Rennes-2. «En ce qui nous concerne, nous privilégions une approche collective. Il s'agit d'apprendre à manager son équipe sans créer de mauvais stress», poursuit ce «consultant en management du stress».

Avec son associé Laurent Claquin, 29 ans, titulaire d'un DESS d'ergonomie, Christophe Gadéa veut réhabiliter la notion de stress, un «phénomène d'adaptation» naturel et pourtant mal perçu dans le monde du travail, où l'on craint autant ses éventuelles conséquences physiologiques (troubles coronariens, ulcères, hypertension) que psychiques (anxiété, dépression). «Le stress est fondamental. Je dis souvent que sans stress, il n'y a pas de vie. C'est le processus qui nous permet de nous adapter à notre environnement», explique-t-il, estimant avoir «un effort de communication à faire pour convaincre les gens que le stress est hyperpositif à partir du moment où il est maîtrisé».

Courbes de Gauss (en forme de cloche) à l'appui, les deux chercheurs assurent que «plus le taux de stress augmente, plus la performance augmente, et ce jusqu'à un seuil» à partir duquel la tendance s'inverse. Cultiver le «bon stress» en veillant à ce qu'il ne devienne pas «mauvais» doit permettre aux entreprises d'«optimiser leur productivité» et de «réduire les coûts de santé engendrés» par les tensions nerveuses. «On n'est pas des philanthropes», prévient Christophe Gadéa.

«Aujourd'hui, tous les managers sont d'accord pour dire que les gens doivent se sentir bien au boulot pour être performants», estime le Dr Patrick Gilbert, médecin du travail de l'usine Citroën de Rennes-la-Janais. «La différence entre les stratégies des entreprises modernes se fait sur les hommes», poursuit le médecin, qui se réjouit du travail d'audit, de conseil et de formation réalisé par les deux consultants dans le cadre du passage aux 35 heures chez le fabricant automobile.

En octobre dernier, une étude publiée par le Bureau international du travail déplorait que les restructurations et la concurrence technologique entraînent des dépressions de plus en plus coûteuses pour les systèmes de santé. En avril 2000, un sondage SOFRES montrait que 42% des salariés éprouvaient «assez souvent ou très souvent» une tension nerveuse très forte au travail.