Chaque jour, les routes de la vallée de Joux voient défiler 270 voitures de moins. Cette diminution du trafic représente une économie de trois millions de kilomètres chaque année. Tels sont les chiffres impressionnants reflétant les effets sur l'environnement du plan de mobilité adopté en 2007 par Jaeger-LeCoultre au Sentier. La manufacture horlogère est la lauréate 2008 du Prix de la mobilité d'entreprise, décerné fin septembre par le canton de Vaud à l'occasion d'un forum sur ce thème, organisé au CHUV à Lausanne. L'entreprise de la Vallée a notamment mis en place un réseau de transports en commun pour ses collaborateurs.

A l'instar de nombreux horlogers suisses, la marque a connu ces dernières années un fort développement, qui s'est traduit par la création de 300 nouveaux emplois. «Mais nous ne pouvions pas créer une seule place de parking supplémentaire. Nous avons donc décidé de lancer un projet de mobilité pour inciter nos salariés à abandonner leur voiture», raconte François Bach, directeur administratif et financier de Jaeger-LeCoultre, à l'occasion du forum lausannois.

Logique gagnant- gagnant

Après avoir conduit une étude, en collaboration avec la commune du Chenit et un bureau spécialisé, sur les perspectives de développement régional durable, Jaeger-LeCoultre a adopté toute une série de mesures: création d'un parc à vélos couvert, lancement de trois lignes de bus gratuites reliant Morez, Pontarlier et Mouthe au Sentier, attribution annuelle d'une place de parc nominative à tous les groupes de covoitureurs. «Il nous a fallu tenir compte de la géographie du lieu, des moyens de transport limités et de la situation excentrée de la Vallée, poursuit le responsable. Au début, les résistances ont été fortes, mais très vite le bouche-à-oreille a fait son œuvre.» Aujourd'hui, selon une enquête interne, 74% des collaborateurs estiment que leurs déplacements professionnels doivent être respectueux de l'environnement.

«Lorsqu'une entreprise décide de mettre en place un plan de mobilité, elle doit informer ses collaborateurs en détail, estime Julien Lovey de Citec Ingénieurs Conseils à Genève. Une bonne communication, décrivant les objectifs à atteindre et les mesures envisagées, est cruciale. Elle évite de mettre les gens devant le fait accompli.» Car il n'y a rien de tel pour les braquer.

Autres conditions de la réussite selon lui, il faut que le projet suive une logique gagnant-gagnant, pour que l'entreprise comme les collaborateurs y trouvent leur compte. Il est fondamental également que la direction s'implique personnellement dans le projet. Car les avantages d'une telle initiative sont nombreux.

Le plus souvent, c'est la problématique des parkings qui incite les employeurs à mettre au point un plan de mobilité. Chaque nouvelle place de parc coûte entre 10000 et 40000 francs, et dans certains lieux, la pénurie de terrain se fait de plus en plus lourdement sentir. Exhorter les collaborateurs à renoncer à leur voiture représente donc une économie substantielle. Autre avantage, les plans de mobilité permettent une plus grande équité entre les salariés. «Certains collaborateurs bénéficient d'une place de parc gratuite, alors que leurs collègues viennent à pied ou utilisent les transports publics, relève Julien Lovey. Cette situation équivaut à subventionner la voiture, et à offrir à certains des prérogatives masquées.»

En outre, la santé des employés s'en trouve améliorée: moins de stress dû à la circulation et plus d'exercice physique dû à la marche ou au vélo. «Nous avons calculé que, pour dix collaborateurs recourant à la mobilité douce, l'économie réalisée par leur employeur est de 200000 francs par an et ce, grâce à une diminution de 1% de l'absentéisme», reprend encore l'expert.

Quant à l'employé, un déplacement de huit kilomètres lui coûtera 700 francs par an en voiture, 500 francs en bus, 250 francs à vélo, pour l'entretien et les réparations, et 100 francs s'il va à pied, investis dans une paire de chaussures annuelle.

Vélos électriques

Les moyens pour favoriser la mobilité douce sont nombreux. Et Julien Lovey de citer la mise à disposition de vélos électriques, l'organisation d'un service de réparation des cycles, l'aménagement de vestiaires et de douches. Ou encore l'instauration d'une navette, à l'exemple des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG). Ils ont organisé une ligne de bus qui circule d'un site à l'autre, et qui peut être utilisée non seulement par les salariés de l'hôpital, mais aussi par les Genevois. Une manière de participer au bien-être de la collectivité dans son ensemble.

La Ville de Nyon, quant à elle, a mis en œuvre son plan de mobilité en juillet. Dans ce cadre, elle a élaboré un catalogue de 33 mesures. Par exemple, pour les déplacements professionnels, la commune met à disposition des vélos, des scooters électriques et des voitures écologiques à gaz. En outre, elle prévoit des subventions à l'achat d'un abonnement CFF ou de bus, une bourse de covoiturage, et un prix qui récompensera les collaborateurs exemplaires.

Et enfin, les places de parc jusqu'ici gratuites deviendront payantes. «Notre objectif est de réduire les transports individuels motorisés de 50 à 66%», explique Karin Magnollay, déléguée à la mobilité de la Ville de Nyon. Coût annuel estimé du programme: de 65000 à 90000 francs par an. «Mais nous espérons tirer des revenus des parkings devenus payants afin de compenser ces dépenses», poursuit Karin Magnollay.

Reste à convaincre les dissidents. Selon le bureau d'études Citec, 40% des résistances proviennent d'un manque d'information et 40% des mesures elles-mêmes. A la fin, il reste toujours 20% d'irréductibles adeptes de la voiture individuelle, quoi que l'on fasse. Ces résistants ne doivent par conséquent pas constituer un écueil à la mise en place d'un plan de mobilité.