Pour la première fois de sa courte histoire, Swiss gagne de l'argent. C'est le constat qui ressort des chiffres pour le troisième trimestre publiés mardi par la compagnie aérienne. «Ce premier bénéfice […] nous confirme le bien-fondé de la stratégie poursuivie», affirme Christoph Franz, son PDG, dans une lettre adressée ce même jour aux actionnaires.

Dans un environnement marqué par une envolée des prix du pétrole – le baril de Brent a augmenté de près de 30% sur cette période –, Swiss dégage un résultat d'exploitation positif de 20 millions de francs entre juillet et septembre, contre une perte opérationnelle de 62 millions sur la même période en 2003. La compagnie affiche au final un bénéfice net de 16 millions. Le transporteur était certes déjà dans les chiffres noirs à la fin du deuxième trimestre. Il ne devait toutefois ce résultat qu'à une recette exceptionnelle de 68,7 millions obtenue à l'issue d'un litige engagé, entre autres, contre la société d'exploitation AOM Air Liberté.

Convention de travail résiliée

Le successeur d'André Dosé se garde bien de tout triomphalisme. Christoph Franz relève que le résultat atteint est inférieur aux prévisions. De plus, le troisième trimestre est la période la plus rémunératrice de l'année, précise-t-il. A titre de comparaison, Lufthansa annonce un bénéfice d'exploitation de 218 millions d'euros (332 millions de francs) et Austrian Airlines de 58,6 millions sur la même période. «Les résultats sont meilleurs qu'escompté, c'est le point positif. Les pires mois sont toutefois à venir», estime pour sa part Martin Gutknecht, porte-parole de Swiss Pilots.

Dans cette perspective, Christoph Franz déclare vouloir «passer au crible tous les centres de coûts internes et externes, et faire fi de tous les tabous». Cette déclaration fait écho à la récente résiliation par le transporteur de la convention collective de travail (CCT) pour le personnel au sol. Les accords passés avec les syndicats de pilotes Aeropers (ex-Swissair) et Swiss Pilots (ex-Crossair), ainsi qu'avec l'association du personnel de cabine (Kapers), sont aussi sous la loupe. «Nous n'avons rien entendu pour l'instant de leur part. Nous devrions avoir des nouvelles ces prochaines semaines», affirme Martin Gutknecht. Parallèlement aux négociations prévues avec les différents partenaires sociaux, Swiss poursuit des discussions avec tous ses fournisseurs.

«Un hiver très rude»

L'obsession que fait Christoph Franz du contrôle des coûts s'explique à la fois par la situation financière de la compagnie et par la concurrence farouche rencontrée dans le secteur. Si le développement du trafic intercontinental est satisfaisant, le remplissage des vols européens laisse à désirer, selon Christoph Franz. Les déclarations faites à ce propos par le directeur financier d'EasyJet à la mi-septembre, Chris Walton, ne sont pas pour rassurer. «L'hiver sera très rude et cela durera pendant un certain temps. Que ce soit six, douze ou dix-huit mois, nous nous attendons à une passe très difficile.»

Aux 361 millions de trésorerie comptabilisés en septembre s'ajoute désormais le crédit d'exploitation de 325 millions octroyé à Swiss par un pool bancaire à la fin d'octobre. De quoi appuyer Christoph Franz sur un chemin qu'il estime «abrupt et rocailleux».