Innovation

Avec Rentberry, louez votre appartement aux enchères

La start-up, présente dans un millier de villes aux Etats-Unis, est accusée de participer à la hausse des loyers

Mettre les locations d’appartements aux enchères. C’est la proposition controversée de Rentberry. Après plusieurs mois de tests, cette start-up américaine a lancé début avril son service dans un millier de villes aux Etats-Unis. Et elle devrait bientôt débarquer en Australie et en Nouvelle-Zélande.

A San Francisco, où elle est basée, et dans plusieurs villes de la Silicon Valley, la jeune pousse s’attire déjà les foudres des associations de locataires. Celles-ci redoutent une hausse encore plus forte des loyers, en encourageant une compétition directe entre les différents prétendants. Des craintes d’autant plus grandes que les prix de l’immobilier ont bondi ces dernières années dans la région.

Economie de loyer

«Sur les neuf derniers mois, les locataires ont économisé en moyenne 5,1% par rapport au loyer réclamé par les propriétaires», rétorque Alex Lubinsky, le cofondateur et patron de Rentberry. Selon le responsable, les loyers négociés sur le site seraient également inférieurs au prix du marché. Les inquiétudes, poursuit-il, seraient exacerbées par une mécompréhension du modèle. «Nos enchères n’ont rien à voir avec celles proposées par eBay», indique-t-il, alors que la presse fait régulièrement la comparaison entre les deux plates-formes.

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Rentberry se rapproche davantage du marché de l’immobilier. Contrairement à eBay, le meilleur enchérisseur n’est pas assuré de remporter la mise. Et il est possible de proposer une somme inférieure à celle demandée. Les propriétaires peuvent ensuite choisir le locataire de leur choix, en tenant compte du loyer offert mais aussi d’autres critères, comme le montant de la caution, la durée du bail et le «credit score» – une note primordiale aux Etats-Unis qui est censée refléter la capacité à payer à temps ses factures.

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«Comme il est possible d’obtenir un meilleur taux pour un crédit dans une banque, les très bons locataires peuvent négocier des loyers moins élevés», assure Alex Lubinsky. Autres avantages avancés: la rapidité et la gratuité. Le dépôt d’un dossier s’effectue sur Internet en quelques clics et aucun frais n’est réclamé. «A New York, il faut payer jusqu’à 120 dollars pour chaque candidature», fait valoir le dirigeant de Rentberry.

Les propriétaires trouvent aussi leur compte. «Ils acceptent un loyer plus faible si cela leur permet de trouver un meilleur locataire», note Alex Lubinsky. Le système leur permettrait aussi de savoir si leurs demandes financières sont trop élevées pour le marché. Et ainsi d’éviter de se retrouver avec un logement vacant pendant trop longtemps.

Commission de 25 dollars

Pour le moment, Rentberry facture une commission de 25 dollars, payée par le locataire, sur chaque transaction conclue. Mais la start-up va changer de modèle économique. Elle prévoit de récupérer, chaque mois, 25% de l’économie négociée par le locataire ou du surplus obtenu par le propriétaire.

Fondée en 2016, la jeune pousse a levé 1,2 million de dollars auprès d’investisseurs. Elle revendique 50 000 utilisateurs et plus de 100 000 annonces. «L’objectif est d’atteindre la barre des 500 000 d’ici à la fin de l’année», annonce Alex Lubinsky. Et de s’enthousiasmer: «le marché est immense».

Aux Etats-Unis, l’accès à la propriété recule. Seulement 63% des Américains possèdent leur logement, contre près de 70% il y a dix ans. La tendance s’accentue: chez les moins de 35 ans, le taux a chuté de 10 points sur la même période. Les locataires sont désormais majoritaires dans plus de la moitié des grandes villes américaines. Et les loyers augmentent: plus de 850 dollars en moyenne, contre 600 dollars en 2006.

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