Depuis 1997, année de sa transformation en société anonyme, Rentenanstalt a racheté entre autres l'assureur français Lloyd Continental, la Banque du Gothard et la Société Fiduciaire Suisse. Des acquisitions qui lui ont permis de doubler la masse de ses fonds sous gestion. Grâce à d'excellents résultats financiers, ses bénéfices sont également devenus deux fois plus importants. La rentabilité de son secteur de base, l'assurance vie, reste cependant insatisfaisante. Son patron, Manfred Zobl, le reconnaît et pour l'améliorer, il n'hésite pas à utiliser les grands moyens.

D'ici à fin 2001, 280 emplois vont être supprimés en Suisse dans l'administration. La région zurichoise sera la plus touchée puisque 230 postes de travail passeront à la trappe. A Lausanne, siège de «La Suisse Assurance», une soixantaine d'emplois disparaîtront. En principe, les licenciements seront évités, le processus devant, dans une large mesure, être réalisé par le biais de fluctuations naturelles. L'ensemble des affaires suisses sera regroupé au sein d'une seule division, dirigée par Roland Chlapowski, l'ancien patron de «La Suisse Assurance». La société romande et Swiss Life Direct, seront donc intégrés dans la nouvelle entité. «La Suisse Assurance», dont la marque est maintenue, gérera à l'avenir l'ensemble des affaires non-vie du groupe, tandis que Swiss Life sera chargée de développer la distribution directe et la collaboration avec les partenaires bancaires. «J'aurais préféré que «La Suisse» soit vendue car elle n'a pas une taille suffisante dans le domaine de l'assurance de personnes ou de l'assurance de choses», regrette Urs Ramseier, analyste chez Lombard Odier & Cie. Rentenanstalt réalise la quasi-totalité de ses primes dans le secteur vie, mais pour Manfred Zobl, le non-vie mérite tout de même d'être conservé. «Nous devons être en mesure d'offrir à nos clients vie une gamme complète de produits dans d'autres secteurs, sinon ils risquent de nous quitter pour la concurrence.»

Développement du e-business

En regroupant ses activités suisses au sein d'une seule entité, Rentenanstalt entend dégager des synergies grâce à la mise en place de centres de production communs, d'investissements mieux coordonnés ainsi qu'a travers la centralisation de spécialités comme par exemple les ressources humaines et le marketing. L'ensemble de ces réformes devrait permettre d'économiser 100 millions de francs par an à partir de 2002. Une somme importante au regard du bénéfice de 273,4 millions de francs réalisé par la Rentenanstalt en 1998. Le numéro un de l'assurance vie en Suisse n'entend toutefois pas se contenter de ce coup de balai. Il ambitionne de conquérir de nouveaux marchés et de nouveaux clients en misant sur Internet. Il créera à cet effet une division e-business qui emploiera une cinquantaine de personnes.

Dotée d'un centre de compétences, elle sera chargée de coordonner les activités Internet de toutes les unités. Selon Manfred Zobl, plusieurs dizaines de millions de francs devront être investis dans ce projet. Rentenanstalt possède déjà une vingtaine de sites, mais les clients ne peuvent pas encore effectuer de transactions. Dès avril prochain, le groupe helvétique compte vendre directement sur le réseau des assurances vie et des fonds de placement. Dans un premier temps l'assureur offrira ses propres produits ainsi que ceux de la Banque du Gothard, mais des discussions sont en cours avec d'autres partenaires pour étoffer la gamme à disposition. «Nous sommes notamment en tractations avec Swissca», relève Manfred Zobl. Rentenanstalt, dont le volume de primes brutes a reculé au premier semestre de 8% en raison de l'introduction d'un droit de timbre fédéral sur les primes de l'assurance individuelle, entend se développer dans les secteurs qui offrent un meilleur potentiel de croissance comme les fonds de placement ou le conseil financier. L'assureur ne se concentrera donc plus sur la vente d'assurances vie mais veut offrir des solutions globales dans le domaine de l'épargne à long terme, de la prévoyance et de la sécurité. Internet sera l'un des piliers de cette nouvelle stratégie. Une banque électronique devrait de plus voir le jour, sans que l'assureur puisse pour l'instant esquisser la forme que prendra ce nouvel institut et la date à partir de laquelle il pourrait être opérationnel.

Un pas indispensable

Une chose est sûre, les activités Internet de Rentenanstalt dépasseront largement les frontières suisses et les domaines d'activités actuels de l'assureur. Dans cette perspective, le groupe helvétique va développer un partenariat avec la société française de conseils informatiques Cap Gemini. Pour Urs Ramseier, cette nouvelle stratégie «vient un peu tard car la plupart des concurrents de Rentenanstalt, comme Zurich Financial Services ou le CS Group, ont déjà mis en place un service Internet développé». Georg Marti, analyste à la Banque Cantonale de Zurich, estime cependant «que ce pas stratégique était tout de même indispensable». Quoi qu'il en soit, selon certains analystes, Rentenanstalt n'a malgré tout pas la taille critique. Manfred Zobl, qui considère son groupe comme un acteur de niche, réfute cet argument. Il va cependant tenter de faire doubler le volume des fonds sous gestion de son groupe, d'ici à trois ans, en procédant à de nouvelles acquisitions.