L’AVS est dans les chiffres rouges. Et le deuxième pilier est lui-même confronté à des défis majeurs, telle qu’une performance insuffisante et une détérioration de l’évolution démographique. Mais jusqu’ici, les rentes n’ont jamais été réduites. Cette «vache sacrée» pourrait être sacrifiée si l’on en croit la Banque Migros. «Une réduction des rentes AVS pourrait intervenir en 2017 et ce serait la première fois qu’un ajustement se produit à la baisse depuis l’introduction de l’AVS en 1948», a affirmé mardi Albert Steck, économiste et auteur du blog de la Banque Migros.

En fonction de la baisse des prix

Le niveau des rentes est établi en fonction de l’indice dit mixte depuis 1980. Celui-ci prend en compte pour une moitié le renchérissement et pour l’autre l’évolution des salaires nominaux. «Depuis 1980, les membres de la Commission AVS/AI ont toujours suivi les indications de l’indice mixte», explique Albert Steck.

Concrètement, l’indice des prix a diminué de 1,1% en 2015 et devrait baisser de 0,6% cette année. La hausse des salaires a été, pour sa part, de 0,4% en 2015 et devrait s’élever à 0,5% cette année. La hausse des salaires ne parvient donc pas à compenser la baisse du renchérissement, selon l’économiste.

Arguments économiques opposés aux défis politiques

«C’est un argument intéressant sous l’angle théorique, mais en pratique il faudra peser les intérêts. Une baisse des rentes compliquerait l’effort de conviction en faveur de la réforme prévoyance vieillesse 2020», explique Olivier Feller, conseiller national (PLR) et directeur de la Chambre vaudoise immobilière. Ce dernier rappelle que cette réforme s’accompagne déjà d’une baisse du taux de conversion qu’il ne sera pas facile de défendre. «L’important consiste à faire passer la réforme au Parlement. Or, de telles propositions mettent en danger sa réussite. Il ne sert à rien de procéder à des ajustements hâtifs. Mieux vaut présenter des solutions compréhensibles pour la population», confirme Hanspeter Konrad, directeur de l’Association suisse des institutions de prévoyance (ASIP).

Dans les milieux bancaires, on doute aussi de la faisabilité de cette idée. «Il n’est pas sûr que les milieux politiques oseront baisser légèrement les rentes nominales, même si, du fait de l’inflation négative, le pouvoir d’achat des retraités augmenterait tout de même», affirme Veronica Weisser, spécialiste de la prévoyance chez UBS. L’impact sur le 1,6 million de rentiers AVS dans notre pays et les 800 000 vivant à l’étranger est aisé à calculer. La rente AVS minimale se situe à 1175 francs par mois actuellement et la rente maximale à 2350 francs par mois pour les individus (la rente pour les couples est d’au maximum 3525 francs). Albert Steck indique que le tiers des rentiers particuliers est au bénéfice de la rente maximale. La rente AVS moyenne s’élève à 2020 francs. Enfin, 58% des conjoints reçoivent la rente maximale.

Baisse de 120 francs par an pour la rente maximale

«Même avec des hypothèses optimistes en matière d’inflation et d’évolution des salaires, la rente minimale devrait baisser à 1170 francs et la rente maximale à 2340 francs. Il en résulte respectivement une baisse de 60 francs et de 120 francs par année», affirme l’économiste. Pour l’ensemble de l’AVS, cela correspond à 200 millions de francs.

La prochaine réunion de la Commission AVS se tiendra cet été. Sa proposition sera ensuite transmise au Conseil fédéral, lequel se prononcera définitivement. Un ajustement à la baisse augmenterait les chances de l’initiative populaire «AVSplus» sur laquelle le peuple devra se prononcer en septembre, observe l’économiste. «Compte tenu des difficultés de financement de l’AVS, cette initiative, qui demande une hausse des rentes de 10%, joue avec le feu», estime le directeur de l’ASIP.

Un effet sur les deux autres piliers

Un ajustement de la rente AVS modifie aussi les prestations des deux autres piliers. Ainsi, la partie obligatoire du 2e pilier correspond au triple de la rente maximale, soit 84 600 francs. En cas de baisse de la rente AVS, le montant descendrait à 84 240 francs, selon la Banque Migros.
Le pilier 3a serait également touché puisque l’investissement maximal correspond à 8% des 84 600 francs, soit 6768 francs. Ce dernier serait réduit à 6739 francs en cas d’ajustement à la baisse conforme aux prévisions d’Albert Steck. D’autres facteurs clés de la prévoyance sont également modifiés, comme le montant de coordination.

Il est possible que la Commission AVS décide de modifier la composition de l’indice mixte ou de geler son niveau, selon Albert Steck. L’économiste souhaite que les membres de la commission aient une approche à long terme et agissent en toute transparence. Pour Veronica Weisser d’UBS, «à long terme, du fait du trou de l’AVS, il serait souhaitable d’ajuster les rentes en se fondant non plus sur l’indice mixte mais sur la seule variation de l’inflation».


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