Prévoyance

Les rentes continueront de reculer

Les taux de conversion sont constamment revus à la baisse pour la partie surobligatoire. Un ratio inférieur à 6% devient plus la norme que l’exception

Le répit n’aura été que de courte durée. En 2010, le peuple suisse avait refusé par une large majorité la réduction du taux de conversion dans le cadre de la révision de la loi sur la prévoyance professionnelle. Celle-ci prévoyait de l’abaisser à 6,4% d’ici à 2016, comparé à un taux de 6,8% appliqué depuis 2014. A titre d’exemple, avec un taux de conversion de 6,8%, un rentier qui a accumulé un capital de prévoyance de 100 000 francs perçoit une rente annuelle de 6800 francs.

Le taux de conversion de 6,8% ne concerne toutefois que la part obligatoire du capital versée par les institutions de prévoyance. Pour les caisses de pension qui offrent aussi des prestations surobligatoires, les taux appliqués actuellement se situent déjà souvent très en deçà de ce niveau, voire à moins de 6%, comme le démontre un tour d’horizon des principales institutions de prévoyance publiques ou privées (tableau ci-contre). A la mi-avril, l’Union syndicale suisse (USS) a vivement critiqué cet «effritement programmé» des caisses de pension. En l’espace de seulement cinq ans, les taux de conversion appliqués par les institutions de prévoyance des CFF (5,22%) et de la Poste (5,35%) ont diminué dans une proportion de respectivement 20 et 17%. Pour un grand nombre d’autres caisses, ces taux ont diminué dans une proportion de plus de 10%. En tout, quelque 60 institutions répertoriées par l’USS, un tiers d’entre elles ont abaissé leur taux de conversion pour la partie surobligatoire à moins de 6%. En un peu plus de dix ans, ils sont passés d’une moyenne située à 7,1% au milieu de la dernière décennie à environ 6,2% actuellement.

Moins de 5% chez Ruag et Credit Suisse

Parmi les cas les plus spectaculaires, le groupe Ruag va abaisser en 2017 son taux de conversion à 4,6%, contre 5,8% précédemment. De manière plus graduelle, Credit Suisse va aussi le ramener par étapes à 4,865% à l’horizon 2015, comparé à plus de 6% actuellement.

Que faut-il attendre pour la suite? Les avis divergent souvent à 360 degrés entre les représentants des assurés et syndicats et les responsables des institutions de prévoyance. Alors que l’USS préconise de compenser la baisse attendue des rentes au cours des prochaines années par un renforcement des prestations offertes par l’AVS, les représentants des caisses de pension avertissent, eux, que l’adaptation récente des taux de conversion risque de ne pas suffire si l’environnement de taux bas actuel devait persister. «Les mesures mises en place par les caisses de pension consistant à abaisser les taux de conversion servent d’abord à assurer sur le long terme les rentes, cela dans l’intérêt des assurés», a estimé Hanspeter Konrad, directeur de l’Association suisse des institutions de prévoyance (ASIP) dans une prise de position à la mi-avril.

Pas de miracle à attendre des marchés

Selon les experts en matière de prévoyance, l’idée de compter uniquement sur une amélioration de la performance des marchés, obtenue en modifiant la politique de placement, afin de préserver le niveau actuel des rentes est un calcul à haut risque. Aux yeux de responsables de caisses de pension contactés par Le Temps, une adaptation des prestations ou des cotisations deviendra inévitable. Pour seulement maintenir son taux de couverture, la Caisse de pensions Migros (CPM), l’une des plus grandes parmi les institutions privées, a besoin de dégager une performance de 3,1% par an. Est-ce possible dans l’environnement de taux bas actuels? «Il n’y a pas de miracle», prévient Christoph Ryter, directeur de la CPM. Pour la part investie en obligations (40% des actifs placés), il est par exemple possible de remplacer une partie des emprunts d’Etat par ceux d’entreprises jugées sûres. Mais il juge illusoire de remplacer toutes les obligations par des actions à dividendes élevés. «Il est impossible de remplacer la partie obligataire du portefeuille entièrement par d’autres classes d’actifs», résume-t-il. Selon lui, il sera nécessaire d’élargir la discussion soit au sujet des prestations versées, soit en exigeant des cotisations plus élevées ou qui seraient prélevées sur une plus longue durée.

Dieter Stohler, directeur de Publica, juge qu’il est possible de procéder à des «adaptations modérées» de la politique de placement. Publica a par exemple investi dans la dette privée ou dans l’immobilier international. «Il faudra revoir à la baisse les attentes en matière de rendements compte tenu de la baisse des taux. Des mesures seront aussi nécessaires du côté des prestations», prévient-il.

Hanspeter Konrad abonde dans le même sens: «Des petites retouches dans la stratégie de placement peuvent au mieux permettre d’optimiser un peu les rendements», estime-t-il. Certaines institutions de prévoyance envisagent d’investir dans de l’immobilier à l’étranger ou dans des placements liés aux infrastructures, cite-t-il. Toutefois, «les défis qui se présentent aux caisses de pension ne pourront pas être résolus uniquement par des adaptations de la stratégie de placement. Il faudra aussi considérer le financement des cotisations ou en réexaminant les promesses en matière de prestations», conclut le directeur de l’ASIP.


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