A peine arrivé aux commandes de Novartis, Joe Jimenez serre les boulons aux Etats-Unis et met le groupe pharmaceutique en position d’affronter au mieux deux difficultés: la perte progressive du brevet de Diovan, un médicament contre l’hypertension qui a dépassé l’an dernier un chiffre d’affaires de 6 milliards de dollars, et l’absorption de l’acquisition très coûteuse d’Alcon, toujours en butte à l’opposition de petits actionnaires. Le groupe promet de retrouver une trésorerie nette positive quatre ans après cet achat de près de 40 milliards de dollars. Mais pour cela il faudra que le groupe dégage des recettes importantes, année après année.

Les résultats du premier trimestre, nettement supérieurs aux attentes des analystes, sont à ce titre réjouissants. Le cash flow libre a fait un bond de 93%, à 2,9 milliards de dollars, de janvier à fin mars. Reste que les bons résultats du premier trimestre reposent principalement sur un facteur exceptionnel: la vente du vaccin contre la grippe A (H1N1) qui a généré un chiffre d’affaires de 1,1 milliard de dollars et multiplie par plus de quatre les ventes trimestrielles de la division vaccins.

Même si Novartis l’attribue principalement à la situation exceptionnelle au Japon, où le gouvernement a enclenché une nouvelle baisse des prix des médicaments, le premier trimestre 2010 marque déjà le début du déclin de Diovan. Pour la première fois, le chiffre d’affaires sur trois mois diminue de 1% pour se situer à 1,4 milliard de dollars, soit 3% au-dessous des attentes des analystes.

La restructuration des opérations américaines du groupe, avec la suppression de 383 emplois, confirmée aujourd’hui par la direction de Novartis, s’inscrit dans le processus d’adaptation de la multinationale pharmaceutique à un changement de portefeuille de produits. L’hypertension, domaine phare de Novartis, perdra peu à peu de son importance au profit de l’oncologie et surtout de l’ophtalmologie. Si Novartis a accepté de payer très cher l’acquisition d’Alcon cédé par Nestlé, c’est pour devenir un leader dans ce domaine en combinant de nouveaux médicaments et la vente de lentilles et de produits de services ophtalmologiques.

Novartis s’adapte à une tendance appelée à durer: sa croissance principale ne proviendra plus de la division reine regroupant les médicaments vendus sur ordonnance. Ce constat est particulièrement frappant au premier trimestre 2010. Le chiffre d’affaires de ce secteur augmente de 7% en monnaies locales, alors que celui des génériques Sandoz progresse de 9%, sans parler de celui des vaccins, qui, pour des raisons exceptionnelles, bondit de 436%. Les investisseurs ont apparemment bien accepté le changement de direction à la tête de Novartis et saluent la réorientation en douceur du groupe. Le titre gagnait près de 1,4% en fin de matinée à la bourse suisse.