La politique plus favorable aux actionnaires menée par les sociétés américaines porte ses fruits: après de retentissants scandales financiers et le départ de certains dirigeants, elles ont été nombreuses à remanier en profondeur leurs modes de répartition du capital et dégagent à présent des cash-flows record, dont une grande partie est reversée aux actionnaires sous forme de dividendes ou de rachats d'actions. Les octrois de stock-options s'inscrivent en outre en net recul, et les pratiques comptables sont globalement empreintes d'une plus grande prudence. Malgré tout, les actions américaines affichent des multiples de valorisation séduisants. Le rapport cours/bénéfice (PER) du S & P 500 ne s'établit ainsi qu'à 16,1 fois les bénéfices attendus pour 2005, alors qu'il représentait près du double début 2000, et se situe au milieu de la plage de fluctuation de l'indice pour la décennie écoulée. Et l'attrait des multiples de valorisation est plus criant encore si on les compare au rendement des obligations longues du Trésor américain, qui atteint à peine 4,2%.

Au cours des dernières décennies, l'approche de placement basée sur la valeur a fait ses preuves sur la Bourse américaine. Elle a ainsi rapporté en moyenne 14,7% par an entre 1979, année de la création aux Etats-Unis d'indices reposant sur le style, et 2004. Il faut dire qu'en cas de repli des marchés une stratégie valeur mise en œuvre avec rigueur contribue en général davantage à la préservation du capital que toute autre stratégie. L'orientation constante vers le prix, et ce même lorsque des entreprises renommées sont en ligne de mire, limite en effet le risque de cours et stimule la performance à long terme. Actuellement, les gestionnaires privilégiant la valeur bénéficient par ailleurs aux Etats-Unis de la multiplication des hedge funds, dont le nombre est estimé à 8000. Beaucoup de ces hedge funds appliquent la stratégie trend following, ce qui a pour conséquence de faire grimper toujours plus haut les cours des sociétés tenant leurs objectifs financiers. A l'inverse, la sanction est immédiate pour celles qui ont le malheur de décevoir, ne serait-ce que légèrement, les analystes aux attentes parfois démesurées. Ces réactions excessives à court terme donnent aux investisseurs patients privilégiant la valeur et axés sur le long terme l'occasion d'acquérir à bon compte des actions dont le cours s'est effondré sans que leurs fondamentaux le justifient.

Sur le marché américain des actions, toutes les capitalisations boursières sont susceptibles d'offrir un terreau fertile aux investissements dans des titres de valeur. Petite ou grande, nulle entreprise n'échappe en effet aux mauvaises passes. Mais si tout segment peut subir l'influence de facteurs exceptionnels, il n'en demeure pas moins que les perspectives de rendement à long terme dépendent des fondamentaux. Ces dernières années, les multiples de valorisation des divers segments de capitalisation et de qualité du marché des actions ont convergé et présentent désormais un niveau homogène. Pénurie d'analystes oblige, les données disponibles à propos des sociétés sont toutefois bien souvent de piètre qualité. Et la situation sur le front de l'analyse financière outre-Atlantique s'est à nos yeux encore détériorée ces dernières années tant il est vrai que, les activités de banque d'affaires ayant été dissociées de celles de négociation, les grandes maisons de courtage se sont désintéressées des plus petites entreprises, dont l'analyse est devenue moins rentable. Pour nous, cette évolution a néanmoins du bon puisque, alliées à une stratégie de placement reposant sur la recherche fondamentale, ces petites entreprises délaissées sont des vecteurs d'alpha. En clair, l'alpha constitue un paramètre qui mesure la surperformance corrigée du risque d'un fonds par rapport à un indice boursier et qui sert à analyser la plus-value générée par un gestionnaire. Si l'on considère les petites capitalisations sur une période de 80 ans, cette catégorie a enregistré une appréciation annuelle de 12,4% contre 10,2% pour l'indice S & P.

Sur la même période, les placements dans des actions de valeur de petites entreprises se sont encore mieux comportés que ceux dans des titres de croissance, ce qui était loin d'être évident compte tenu du risque accru inhérent à cette seconde catégorie. Revers de la médaille: les actions de petites entreprises connaissent depuis cinq ans une surperformance spectaculaire dépassant 15% et ont dès lors quelque peu perdu de leur éclat.

Bien que le durcissement de la politique monétaire de la Fed et le recul du PIB nominal aient davantage pénalisé les petites entreprises, celles-ci restent des placements intéressants sur le long terme. A brève échéance par contre, leur performance est difficilement prévisible, une chute provisoire n'étant pas à exclure au vu des conditions de marché actuelles. Dans le passé, le match entre grandes et petites capitalisations a tourné alternativement à l'avantage des unes et des autres. Une stratégie mêlant ces deux catégories de placement est donc tout indiquée pour mettre la main sur les titres les plus performants et les plus lucratifs. Le produit orienté valeur à privilégier doit donc offrir un profil dynamique en termes de capitalisation boursière car nous estimons qu'à cet égard chaque segment a sa place. Toute approche privilégiant la valeur qui se respecte exploite de ce fait l'ensemble des opportunités qui se dessinent sur le marché et réunit, grâce à la diversification et à la préservation du capital, les conditions requises pour dégager une bonne performance sur le long terme.